Métaphysique
La métaphysique est la partie de la philosophie qui recherche les fondements premiers, comprenant en particulier l’ontologie. Etymologiquement, le mot se compose de phusikê, la « nature » et son étude, la « physique » ; et d’une préposition grecque meta au sens aussi imprécis et varié que les thèses métaphysiques puis qu’elle peut signifier : « au milieu, parmi, avec, entre, après ». C’est ce dernier sens qui explique l’apparition du mot.
Depuis le Ier siècle av. J.-C. la collection des écrits d’Aristote (-384, -322) élaborée par Andronicos de Rhodes séparaient les livres phusikè achroasis (Leçons de Physique), sur la nature, et ceux qui venaient après, meta ta phusika, la Métaphysique. La philosophie grecque postérieure n’a pas toujours retenu cette discipline, le stoïcisme divisait ainsi la logique, l’éthique et la physique.
Mais la scolastique médiévale a forgé le terme par l’usage, donnant le sens de « par delà la physique » sous lequel on reconnaît désormais la métaphysique.
Il est très délicat de vouloir définir la métaphysique car historiquement ce terme a pu recouvrir des problèmes et questions très variées.
Par métaphysique on entend l’étude des questions fondamentales telle la question concernant l’immortalité de l’âme, l’existence de Dieu, les raisons de l’existence du Mal ou le sens de la vie.
Mais plus spécifiquement par métaphysique on entend aussi l’étude de l’”être en tant qu’être” pour reprendre la célèbre formule d’Aristote c’est-à-dire de l’étude de la (substance)[1]. Cette discipline s’appelle l’ ontologie.
Qu’est-ce que l’être ?
Pourquoi y a-t-il de l’être plutôt que rien ?
Existe-til une cause première ?
Qu’est-ce que la liberté ?
Est-ce que Dieu existe?
Est-ce que l’âme est immortelle?
Quel est le sens de la vie?
Qu’est-ce que la substance ?
En quoi consiste la finalité des choses ?
Tentatives de définition
Une des définitions négatives de la métaphysique les plus courantes consiste à dire qu’elle ne s’interesse pas à des objects étudiés par les disciplines empiriques (biologie, physique, chimie, sociologie, sciences politiques etc.). Cela signifie que ni l’experimentation ni l’observation des faits est importante pour le métaphysicien à la différence de ce qui est le cas en science naturelle et dans les sciences exactes.
Mais au cours du XXe siècle apparaît une nouvelle façon de faire de la métaphysique reposant sur le désir de répondre aux questions traditionnelles de la métaphysique en prenant en compte les acquis de la science actuelle. Le premier représentant de cette conception de la métaphysique est Henri Bergson dans Matière et mémoire
Cette conception de la métaphysique annonce le travail effectué dans le domaine de la philosophie de l’esprit qui a tenté de tisser des liens entre métaphysique, sciences cognitives et neurologie.
Métaphysique générale
Accident
Bien
Causalité
Concept d’attribut à remplacer par Attribut
Contingence
Doxa, opinion confuse chez Parménide, par opposition à l’Être
Durée
Essence (philosophie)
Être
Existence
Idée
Libre arbitre
Nécessaire
Noumène
Objet
Sujet
Temps
Un
Universaux par opposition aux particuliers
Vérité
Métaphysique spéciale
Âme
Cause première
Croyance
Dieu
Esprit
Éternité
Foi
Immanence
Immutabilité
Liberté
Monde
Mythe
Sacré
Substance (ousia dans le vocabulaire d’Aristote)
Symbole
Transcendance
Voir l’article Histoire de la métaphysique.
La métaphysique a connu de nombreuses et importantes transformations au cours de son histoire. On décompose en général l’histoire de la métaphysique en quatre périodes :
la métaphysique antique, avec Aristote, s’inspirant de l’ontologie de Parménide,
la métaphysique médiévale, héritière de la métaphysique antique, avec la scolastique fondée par Pierre Abélard et développée par Thomas d’Aquin,
la métaphysique « moderne », qui a mis les questions métaphysiques au centre du débat philosophique, avec des positions variées et quelquefois contradictoires : Descartes, en réaction au procès de Galilée, s’opposa à la scolastique et définit une métaphysique comme fondement de toute la philosphie et des sciences, certains lui emboîtèrent le pas (Malebranche), d’autres eurent des positions plus nuancées (Spinoza, Leibniz…), ou la critiquèrent (Hume,
La métaphysique contemporaine a vu différents courants : Kant tenta de refonder la métaphysique, le positivisme (Auguste Comte, Cercle de Vienne) et les idéologies la nièrent, tandis que des résurgences se produisirent (phénoménologie avec Heidegger, spiritualisme français avec Louis Lavelle, Jacques Maritain, philosophie analytique).
La plupart des prises de position qui peuvent être adoptées au regard des questions suivantes sont prises en compte par l’un ou l’autre des principaux philosophes.
Il est souvent difficile de cadrer les questions d’une façon non controversée.
Voir les articles Philosophie de l’esprit et Problème corps-esprit.
Il y a d’autres types de problèmes très différents en métaphysique. La pomme est un type de chose ; maintenant si Sophie est dans la pièce, et que nous disons que Sophie a un esprit, nous allons sûrement dire que l’esprit de Sophie est un type de chose différent de la pomme (si du moins c’est un type de chose). Elle pourrait dire que son esprit est immatériel, mais la pomme est un objet matériel (bien qu’il y ait beaucoup de désaccord parmi les philosophes sur le statut métaphysique des esprits. De plus, cela semble un peu étrange de dire que l’esprit de Sophie est situé dans un endroit particulier; peut-être pourrait-on dire qu’il est quelque part dans la pièce ; mais la pomme est située de toute évidence dans un endroit particulier, à savoir au milieu de la table. Cela semble clair que les esprits sont fondamentalement différents des corps physiques. Mais si c’est le cas, comment quelque chose de mental, comme une décision de manger, peut-elle provoquer un événement physique, comme croquer la pomme ? Comment les choses sans cerveau ne peuvent-elles pas faire des opérations mentales, comme prendre des décisions ou avoir des sentiments ? Comment l’esprit et le corps sont-ils interconnectés d’un point de vue causal s’il y a deux types de choses totalement différents ? Ceci est appelé le problème corps-esprit, qui constitue aujourd’hui l’objet propre d’une sous-discipline de la philosophie appelée philosophie de l’esprit. Le problème corps-esprit est quelquefois encore considéré comme une partie de la métaphysique ; cependant, peut-être le véritable problème appartenant à cette branche est-il celui de la conscience. Aucune discipline n’a encore été capable d’expliquer complètement ce qu’est la conscience et comment elle fonctionne, bien qu’il semble clair que cela demande une certaine activité du cerveau.
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Depuis le Phédon de Platon la question de l’immortalité de l’âme est un des objets les plus importants de la métaphysique. Les deux thèses fondamentales qui s’opposent sur cette question sont respectivement les matérialistes (comme Épicure) et les spiritualistes. Preuve de l’immortalité (Platon) de l’âme cequi est simple (non décomposable) ne peut être saisi que par quelque chose de simple. Or l’idée (au sens de Platon) est simple (par exemple l’idée du triangle est simple; je saisi ce qu’est le triangle en une seule opération de l’esprit). Ce qui est saisit l’idée, c’est la raison (ce n’est pas l’imagination, ni les sens). La raison estsimple car elle ne peut se décomposer; elle est toujours la même. Donc la raison (ou l’âme) est immortelle.
Ce problème se pose lors de la recherche des principes ou causes qui sont à l’origine de l’homme, de son existence propre mais aussi portant sur la Nature. Ainsi l’on recherche la cause d’un Créateur premier, d’un architecte omnipotent, responsable de toutes les êtres sur Terre, mais aussi des essences qui les composent. Cependant certains philosophes nient l’existence de ce dieu, non dans le sens d’une religion mais dans le sens d’une origine d’où découlent la pluralité des êtres, et les causes qui ont suscitée leur existence. D’autres, affirment l’existence de Dieu, comme Descartes, qui, dans Les Méditations Métaphysiques, après avoir colnfirmé son existence, grâce au doute, conclue l’existence de Dieu. De ce fait, il met en oeuvre une argumentation méthodique (ordre des raisons) où il expose l’idée suivante: un Dieu, qui est créateur de toutes choses, de essences mêmes, des êtres et des étants, dont la connaissance, le savoir, serait illimitée et même inconcevable pour la raison humaine qui est bornée, existe du simple fait qu’il ait originée dans mon esprit, ou raison, l’idée même de sa possible existence. De plus, il existe chez Descartes une hiérarchie des idées, oú la cause de quelque chose doit être plus parfaite que ce qu’origine. Donc, notre idée de Dieu, encore imparfaite et limitée, montre bien que lui-même est possedeur d’une perfection infinie. D’autre part, la théorie cartésienne des vérités éternelles se base sur le fait que Dieu et créateur d’absolument toutes choses, y compris les vérités de la nature, les causes physiques et matérielles du monde, les essences des êtres animés ou inanimées, l’ordre universel.
En ce sens, physique et métaphysique ne sont pas si éloignées l’une de l’autre. D’un côté, la science repose sur une foi, sur des présupposés métaphysiques (ainsi que l’affirme Nietzsche) ; et de l’autre côté, “la science crée de la philosophie” (dixit Gaston Bachelard). Il est intéressant, d’ailleurs, de constater l’impact très direct de la révolution einsteinienne sur la métaphysique, ce dont on trouve un exemple significatif à travers l’œuvre d’Alfred North Whitehead, notamment son “Essai de Cosmologie”, Procès et Réalité - ce à quoi on pourrait ajouter qu’il ne s’agit point d’une exception, puisque toutes les révolutions en physique (que ce soient celles initiées par Galilée ou encore Isaac Newton) ont eu des conséquences sur la pensée métaphysique.
Les métaphysiciens étudient des questions sur ce que le monde aurait pu être. David Lewis, dans “Sur la pluralité des mondes”, adopta un point de vue appelé réalisme concret modal, selon lequel les choses auraient pu devenir vraies dans d’autres mondes concrets, comme dans le nôtre où les choses sont différentes.
D’autres philosophes, comme Gottfried Leibniz ont traité de l’idée de mondes possibles aussi. L’idée de nécessité est que tout fait nécessaire est vrai à travers tous les mondes possibles ; c’est-à-dire, que nous ne pouvons pas imaginer qu’il en soit autrement. Un fait possible est un fait qui est vrai dans un monde possible, même s’il ne l’est pas dans le monde actuel. Par exemple, il aurait été possible que certaines catégories de pommes n’aient pas existé. Au contraire, certaines vérités semblent nécessaires, comme les vérités analytiques, e.g. “tous les bacheliers sont célibataires.” L’exemple de la nécessité d’une vérité analytique n’est pas universellement accepté parmi les philosophes. Un point de vue moins controversé pourrait être que l’auto-identité est nécessaire, du fait qu’il semble fondamentalement incohérent d’affirmer que pour tout x, il n’est pas identique à lui-même.
Rappelons que le philosophe grec Parménide est à l’origine de la notion d’Être en tant qu’Être.
Aristote (384 av. J-C., 322 av. J-C.) est à l’origine de la notion de substance, et s’est intéressé à la physique, à la métaphysique (en langage actuel), à la logique, à l’éthique, à la politique, au langage.
On trouve ci-dessous une liste par ordre chronologique de métaphysiciens marquants avec leur place ou leur apport en philosophie :
Gerbert d’Aurillac (938–1003), mathématicien, philosophe, premier introducteur de la pensée d’Aristote en occident (on ne parlait pas encore de métaphysique),
Pierre Abélard, fondateur de la scolastique,
Henry de Ghent (c. 1217-1293), philosophe scolastique,
Thomas d’Aquin (cca. 1225-1274), école scolastique,
Godefroid de Fontaines (cca. 1250-1309),
Siger de Brabant
James de Viterbo
John Duns Scot (vers 1266 - 1308), philosophe écossais, école scolastique,
Francisco Suarez (1548-1617), théologien jésuite espagnol, auteur des disputationes metaphysicae,
Emmanuel Kant (1724-1804), applications de la métaphysique au droit, à l’éthique,…
Maurice Blondel (1861-1949), spiritualisme français,
Pierre Teilhard de Chardin (1881-1955), philosophie plutôt holiste que purement métaphysique,
René Le Senne (1882-1954)
Louis Lavelle (1883-1951)
Jean Wahl (1888-1974)
Martin Heidegger (1889-1976),
Gabriel Madinier (1895-1958), Spiritualisme français,
Aimé Forest (1898-1983), Spiritualisme français,
Peter Strawson (1919-2006), métaphysique descriptive,
Claude Tresmontant (1927-1997), théologien français,
John F Wippel (mgr) (né vers 1930), métaphysicien américain, commentateur et continuateur de la pensée de Thomas d’Aquin,
David Lewis (1941-2001), philosophie du langage, philosophie de l’esprit, métaphysique générale, épistémologie et logique philosophique.
Fernand van Steenberghen
Cette liste ne serait pas complète si on ne mentionnait pas les grands penseurs musulmans : Al-Kindi, Avicenne, Averroès.
Mais ce terme d’origine grecque n’est manifestement pas réservé au monde occidental : on peut l’appliquer, avec quelques nuances importantes, à presque toutes les grandes civilisations orientales : le Védanta en Inde, les écrits Taoïstes en Chine sont tout autant « métaphysiques » quoique les modalités d’approches soient différentes de celles du monde gréco-latin et chrétien.
Par exemple, dans la Bhagavad-Gîta, le chant XI montre Arjuna contemplant l’omniforme :
« Et comment, ô grand Être, ne s’inclineraient-ils pas devant toi, plus vénérable que Brahmâ lui-même, toi l’ordonnateur primordial ? O Seigneur infini des dieux, toi qui fais de l’univers ta demeure, tu es l’impérissable, l’Être et le Non Être et ce qui est par-delà. »
Dans le Tao-te-king de Lao-tseu
“La voie qui pourrait être une voie
n’est pas la voie éternelle.
Le nom qui pourrait la nommer
n’est pas un nom éternel.
Sans nom, elle est le commencement du ciel et de la terre.
Ayant un nom, elle est la mère de milliers d’êtres.”
Le philosophe Nāgārjuna expose dans le Mulamadhyamakakarika la doctrine bouddhiste de la vacuité, qui du point de vue de la philosophie occidentale est un scepticisme ontologique :
« Si l’Être n’est pas, de quoi le non-Être est-il la négation ? »
Citations
« Un grand défi qui se présente à nous au terme de ce millénaire est de savoir accomplir le passage, aussi nécessaire qu’urgent, du phénomène au fondement. Il n’est pas possible de s’arrêter à la seule expérience ; même quand celle-ci exprime et manifeste l’intériorité de l’homme et sa spiritualité, il faut que la réflexion spéculative atteigne la substance spirituelle et le fondement sur lesquels elle repose. Une pensée philosophique qui refuserait toute ouverture métaphysique serait donc radicalement inadéquate pour remplir une fonction de médiation dans l’intelligence de la Révélation. » Jean-Paul II, encyclique Fides et Ratio du 14 septembre 1998
“Subtilité dans la pénurie. — Gardez-vous surtout de vous moquer de la mythologie des Grecs, sous prétexte qu’elle ressemble si peu à votre profonde métaphysique ! Vous devriez admirer un peuple qui, dans ce cas particulier, a imposé un arrêt à sa rigoureuse intelligence et qui a eu longtemps assez de tact pour échapper au danger de la scolastique et de la superstition sophistique.” Nietzsche, Aurore §85
« Si la physique s’occupe de dialectiquer la nature/nature, la métaphysique, elle, confronte l’homme/nature »(Simon Chenier)
« Il faut donc dire que l’objet adéquat de cette science [la métaphysique] est l’étant en tant qu’étant réel » (Francisco Suarez, Disputationes metaphysicae, I ; 1)
« On nomme métaphysique ce qui surpasse la nature et qui est au-delà de la causalité et du langage » (Errenios)
« Dieu n’est pas sujet dans la métaphysique [...] il n’y a qu’une seule science à propos de Dieu comme premier sujet, qui n’est pas la métaphysique » [mais la théologie] (Duns Scot, Reportata parensiensa)
« En métaphysique, le philosophe détermine ensemble l’étant commun et le premier étant, qui est séparé de la matière. » (Thomas d’Aquin, In de generatione e corruptione)
« La métaphysique a cela de bon qu’elle ne demande pas des études préliminaires bien gênantes : c’est là qu’on peut tout savoir sans rien avoir appris » (Voltaire)
« Un philosophe n’est pas philosophe s’il n’est métaphysicien ; et c’est l’intuition de l’être qui fait le métaphysicien » (Maritain)