Nexus sur les E.M.I.

Un événement exceptionnel s’est déroulé le, 17 juin dernier à Martigues, dans les Bouches-du-Rhône : les premières Rencontres internationales sur les Expériences de Mort Imminente (EMI), plus connues sous l’appellation anglaise de NDE. Au cours de conférences et de tables rondes, chercheurs et spécialistes internationaux ont dressé un bilan des trente dernières années de recherche scientifique dans ce domaine. NEXUS était présent à ce colloque et a rencontré ces hommes et femmes qui apportent de nouvelles réponses aux questions essentielles : que se passe-t-il au seuil de la mort ? La mort du corps est-elle la mort de l’identité ? La conscience survit-elle à l’arrêt de toute activité cérébrale, respiratoire et cardiaque ?

Anne-Marie, Nicole et Christian, comme des millions de personnes dans le monde - 15 millions aux États-Unis, 2,5 millions en France - ont connu dans leur vie une Expérience de Mort Imminente, EMI (Near Death Expérience ou NDE en anglais). Un accident, un arrêt cardiaque ou un coma et leur vie a basculé. Selon les dernières études, 4 entre 15 à 20 % des individus qui se sont trouvés en situation de frôler la mort avec un risque vital important ont vécu une EMI. il ne s’agit donc pas d’une expérience rare. Mais personne ne peut expliquer pourquoi certains vont vivre une EMI et d’autres non. Ce que l’on sait, c’est que pour les expérienceurs d’EMI la race, la religion, la culture, le sexe ou le pays n’est pas un critère, seul l’âge semble intervenir dans une certaine mesure. Plus on est jeune et mieux on se souvient de l’expérience et mieux l’on peut la rapporter, ce qui exclut toute influence culturelle chez les jeunes enfants. Le docteur Raymond Moody dans son livre La Vie après la vie, paru en 1975, a rassemblé les récits convergents d’une centaine d’Américains ayant échappé à la mort. Les témoignages de ces « rescapés de l’au-delà », comme il les appelle lui-même, lui ont permis de tirer un modèle type de ces expériences. Dans ce modèle toujours utilisé aujourd’hui, on retrouve généralement le déroulement suivant :

• La mise en danger de mort.

• La décorporation, sortie du corps, appelée aussi voyage astral ou OBE, Out of Body Expérience.

• La traversée du tunnel vers la lumière intense. Si la description de cette lumière est identique pour tous, son interprétation varie suivant les croyances et l’éducation de chaque individu.

• La rencontre d’êtres venant l’accueillir (personnes décédées ou êtres de lumière).

• Le bilan de vie (remémoration en accéléré de sa propre biographie).

• L’arrivée à la frontière, une sorte de point de non-retour qui, une fois franchi, est irréversible. Le plus souvent sous forme de porte, de rivière à franchir, de haie ou de simple ligne.

• Puis le retour, accepté ou parfois subi, dans son corps et à la vie. Certains ne comprennent pas pourquoi ils sont revenus.


Dix millions d ‘orgasmes sans le sexe

Dans l’immense majorité des cas, les personnes reviennent complètement transformées de ce voyage. Il s’agit d’une expérience agréable et lumineuse, souvent mystique, et leur vie est alors vouée au service des autres et à l’amour inconditionnel. Le docteur Sylvie Déthiollaz, du centre Noêsis, témoigne de deux cas de rémissions spontanées de cancers incurables chez des personnes dont les heures étaient comptées. Mais certains « expérienceurs » vivent mal les bouleversements provoqués par ce brusque changement de valeurs. Souvent, ils éprouvent de grandes difficultés à en parler. Patrice Van Eersel, l’auteur de La Source noire, nous confiait à Martigues : « II n’y a pas de mots pour décrire ce qu’ils ont vécu. Dix millions d’orgasmes, mais ça n’a rien à voir avec la sexualité. C’est une béatitude, c’est rapide et c’est lent, c’est chaud et c’est froid. Il y a comme une éruption de quelque chose de très symbolique ». Difficile de mettre des mots sur l’ineffable. Pascal, infirmier à Toulouse, nous écrit : « C’est impossible de vous décrire ce que j’ai ressenti, le vocabulaire n’existe tout simplement pas. Les dimensions ne sont pas suffisantes dans la physique modeme pour pouvoir vous faire partager mon voyage».

Comme nous le rappelle Marc-Alain Descamps, président du Centre d’étude sur les expériences de mort imminente, on trouve déjà des récits de telles expériences chez Platon, Plutarque, Bède, et le pape Saint Grégoire le Grand. Ils rejoignent les descriptions faites dans le Bardo Thôdol des Tibétains, ou rappellent les voyages du Ka chez les Égyptiens. Qu’ont donc expérimenté ces millions de personnes à la frontière de la mort ? Une incursion dans l’au-delà? C’est en tout cas la conviction profonde de tous ceux qui l’ont vécue. Avec le perfectionnement croissant des techniques de réanimation, le nombre de témoignages d’EMI se multiplie chaque jour dans le monde. Et les études scientifiques se font elles aussi plus nombreuses, principalement dans les domaines de la médecine, de la psychiatrie et de la psychologie, et plus récemment en neurosciences. On recense aujourd’hui plusieurs grandes études, dont la plus importante est celle du cardiologue néerlandais Pim van Lommel, qui fait autorité dans le domaine. Les résultats de cette analyse prospective entreprise sur dix années dans dix hôpitaux néerlandais et sur plus de 340 personnes en état de mort clinique, ont été publiés en 2001 dans The Lancet, l’une des plus grandes revues médicales au monde. À la même période, Sam Parnia, médecin et chercheur à l’hôpital général de Southampton (Grande-Bretagne) mène sa propre étude dans son service de soins intensifs. Auparavant, à la fin des années 90, une enquête américaine dirigée par Kenneth Ring7 sur les EMI de personnes aveugles, dont plusieurs, aveugles de naissance, pose d’une manière étonnante les questions de la « vision » dans les EMI. Citons également, en neurosciences, les travaux du docteur Beauregard, spécialiste de « neurothéologie » - étude des états mystiques profonds - à l’université de Montréal et les recherches sur la décorporation menées avec le docteur Sylvie Déthiollaz, en Suisse.

En France, la publication en 2005 de Derrière la lumière, livre-témoignage de Jean-Jacques Charbonier, médecin anesthésiste réanimateur à Toulouse, nous interroge à travers ses récits autobiographiques sur le phénomène de l’après-vie. Il bouleverse les paradigmes scientifiques par une accumulation de nouvelles preuves de notre survivance après la mort. Car c’est bien aussi de cela qu’il s’agit, à l’écoute de ces récits d’expériences de mort imminente, et notre société ne peut qu’en sortir grandie si elle rouvre et se réapproprie cette grande question, « ce grand débat essentiel, commente le philosophe Marc Sautet, que les religieux et les scientifiques se sont bien arrangés pour bloquer. Les premiers affirmant que l’au-delà existe, mais que ce “mystère” ne saurait faire l’objet de discussion, les seconds n’acceptant le débat que dans un seul dessein, prouver à tout prix que l’au-delà n’existe pas ».

Parmi les nombreuses études réalisées sur les EMI, celle du cardiologue néerlandais Pim van Lommel menée sur plus de trois cent patients bouleverse définitivement notre conception d’une conscience localisée dans le cerveau. Désormais, il faut la chercher ailleurs…

Les recherches scientifiques sur les expériences de mort imminente ont commencé à la fin des années 70, avec la création de l’International Association for Near-Death Studies (IANDS) aux États-Unis, par le professeur Kenneth Ring. La publication du livre de Raymond Moody La Vie après la vie et les présentations des premiers travaux d’Elisabeth Kiibler-Ross, dont sa conférence à San Diego en 1977 « There is no death » (La mort n’existe pas), ont également stimulé la mise en place des premières études scientifiques sur les EMI. Depuis, de nombreux chercheurs de renom, appartenant à différentes disciplines (psychiatrie, psychologie, pharmacologie, neurologie et neurophysiologie), étudient ce phénomène et ses implications. La méthodologie des recherches scientifiques sur les EMI consiste à recueillir les témoignages sur une population ciblée, par exemple tous les malades d’un hôpital, et selon un protocole standardisé, puis de les traiter sur un plan qualitatif et statistique. À ce jour, trois études prospectives et scientifiques viennent d’être réalisées par des cardiologues aux Pays-Bas, aux États-Unis et en Grande-Bretagne. Ainsi commence un nouveau type de recherches sur les EMI lors d’accidents cardiaques. Toutefois, seule l’étude néerlandaise du professeur Pim van Lommel analyse en profondeur les statistiques sur les facteurs susceptibles d’entraîner une expérience de mort imminente. Cette étude, comme celle du docteur Sam Parnia pour la Grande-Bretagne et de Greyson pour les États-Unis, remet en cause les conceptions établies sur la nature de la conscience et le fonctionnement du cerveau.

Dans la lignée du courant matérialiste de la biologie représenté notamment par Jean-Pierre Changeux et son Homme neuronal, plusieurs théories ont été proposées comme explication sur les expériences de mort imminente. Certains scientifiques, comme la psychologue britannique Susan Blackmore, pensent que l’expérience de mort imminente est provoquée par des changements physiologiques dans le cerveau liés à la mort de certaines cellules par manque d’oxygène. C’est ce qu’on appelle l’anoxie cérébrale qui pourrait être due à l’émission d’en-dorphines ou à un blocage des récepteurs NMDA. D’autres théories parlent de réactions psychologiques face à la mort imminente. Selon cette hypothèse, l’EMI serait causée par la peur de la mort précédant l’arrêt cardiaque. On évoque parfois une combinaison de la réaction psychologique et de l’anoxie cérébrale.

Toutefois, jusqu’à récemment, il n’y avait pas d’études scientifiques et prospectives conçues pour tenter d’expliquer les causes et le contenu d’une EMI. Les études menées étaient souvent rétrospectives, et il pouvait s’être passé parfois plusieurs années entre la survenue de l’EMI et son étude, ce qui est un frein pour la bonne évaluation des données pharmacologiques, médicales et psychologiques.

L’enquête qui dérange

En 1988, le professeur Pim van Lommel et son équipe ont lancé une vaste étude prospective sur 3-44 survivants d’arrêts cardiaques afin d’étudier la fréquence, la cause et le contenu des EMI. Elle a été entreprise dans dix hôpitaux néerlandais, avec l’accord de chaque patient et du comité d’éthique. Un contrôle strict des données médicales, pharmacologiques, psychologiques et démographiques a été réalisé. Des comparaisons ont été faites avec un groupe témoin ayant subi un arrêt cardiaque sans EMI. Les interviews ont eu lieu quelques jours après la réanimation, dès que l’état du malade le permettait. De plus, une nouvelle étude longitudinale à deux et huit ans à été réalisée avec deux nouvelles séries d’interviews afin d’observer les modifications survenues dans la vie de chacun de ces patients.

Pim van Lommel explique : « Une EMI est le souvenir d’impressions éprouvées lors d’un état modifié de conscience. Elle inclue notamment des éléments spécifiques comme des expériences de décorporation, des sensations de bien-être, la vision d’un tunnel, d’une lumière, de proches décédés ainsi qu’un défilement de sa propre vie. Dans notre étude, 62 personnes, soit 18 % sur les 344 patients réanimés, ont rapporté avoir vécu une EMI avec les éléments classiques décrits ci-dessus. » Un court questionnaire soumis à chaque patient permet d’en faire la répartition suivante :

• 21 patients, soit 6 %, ont eu une EMI superficielle

• 18 patients, soit 5 %, ont eu une EMI peu profonde

• 17 patients, soit 5 %, ont eu une EMI profonde

• 6 patients, soit 2 %, ont eu une EMI très profonde

Nous avons donc 282 personnes, soit 82 % des patients, qui n’ont aucun souvenir du moment de leur mort clinique. En revanche, 62 patients, soit 18 %, ont indiqué avoir un souvenir de cette période d’arrêt cardiaque et de mort clinique. Et sur ces 62 patients 41, soit 12 % du groupe étudié, ont eu des EMI intenses allant de « peu profonde » à « très profonde ». Voici selon quels critères cette « intensité » a été évaluée :

• Conscience d’être mort pour 50 %

• Émotions positives pour 56 %

• Expérience hors du corps pour 24 %

• Déplacement dans un tunnel pour 31 %

• Communication avec « la lumière » pour 23 %

• Observation de couleur pour 23 %

• Observation de « paysages célestes » pour 29 %

• Rencontre avec des proches décédés pour 32 %

• Revue de la vie pour 13 %

• Présence d’une frontière pour 8 %

Aucune différence entre les patients ayant expérimenté une EMI et les autres ne se dégage de l’étude. Aucun facteur tel que la durée de l’arrêt cardiaque, celle de la période d’inconscience, ou l’intubation du patient lors de réanimations complexes, ou encore l’arrêt cardiaque stimulé de manière électrophysiologique (EPS) n’est déterminant d’une EMI. Il n’a pas été établi non plus de liens avec l’absorption de médicaments ou de drogues ou de facteurs psychologiques comme la peur de la mort avant l’arrêt cardiaque. Aucun critère démographique comme l’éducation, le sexe ou la religion du patient n’a pu être mis en évidence.

Selon cette étude, la fréquence d’apparition des EMI est plus élevée chez les personnes de moins de 60 ans que chez les plus âgées (âge moyen des personnes de l’étude : 62,2 ans, allant de 26 à 92 ans). D’autres études le confirment. Melvin Morse a même évalué à 85 % le nombre d’EMI sur un panel d’enfants. Une bonne mémoire semble être un élément essentiel pour se souvenir d’une EMI, et les réanimations cardio-respiratoires difficiles suite à un arrêt cardiaque sont mieux supportées par les personnes plus jeunes qui retrouvent plus facilement leurs facultés cérébrales. Parmi les expérienceurs d’EMI, le taux de mortalité à la sortie de l’hôpital est plus important et augmente en fonction de la profondeur de l’expérience. Comme le rappelle Marc-Alain Descamps dans son article dans La Revue des EMI d’avril 2006, « ce fait d’une mortalité plus importante dans le groupe des sujets EMI nous conforte alors dans l’expression de « mort imminente » ou de danger de mort, car les EMI n ‘ont lieu que lorsque la vie est en danger. Et les récits de voyages similaires en toutes autres circonstances sont d’un autre ordre et ne doivent pas être confondus ».


Transformés pour la vie

L’étude longitudinale à deux et huit ans a permis d’étudier à plus long terme toutes les personnes ayant survécu à un arrêt cardiaque, avec et sans EMI. Selon cette étude, seuls les patients ayant expérimenté une EMI ont présenté des transformations durables quant à leur attitude face à la vie. On a remarqué notamment la disparition de la peur de la mort et une plus grande intuition chez ces patients. Les résultats de l’étude néerlandaise nous montrent clairement que les facteurs médicaux, psychologiques, physiologiques ou pharmacologiques proposés comme théories pour expliquer les EMI ne sont pas susceptibles d’avoir influencer celles-ci. Pim van Lommel le confirme dans les conclusions de son étude : « Nous n’avons pas été en mesure de trouver un seul facteur médical susceptible d’avoir provoqué les expériences de mort imminente durant l’arrêt cardiaque et la mort clinique des patients ». De même Greyson, dans l’étude américaine, écrit que l’on ne peut trouver un seul modèle de facteur psychologique ou physiologique capable d’expliquer toutes les caractéristiques communes d’une EMI. Le docteur Sam Parnia, auteur de l’étude du Royaume-Uni en 2001, parvient aux mêmes conclusions. Il précise que les EMI se produisent au cours de la période d’inconscience du patient et que certains semblent avoir obtenu des « informations inexplicables » sur leur environnement durant cette période. Ceci suggérerait qu’une partie de la conscience humaine soit capable de se séparer du corps et d’obtenir des informations à distance. Cette étude, publiée dans la revue médicale de réanimation Ressuscitation (terme anglais pour réanimation), conclut également à la néces¬sité de poursuivre sur une plus grande échelle les recherches sur les EMI.

« Cette infirmière sait où est mon dentier !”

Durant l’étude hollandaise, une infirmière de l’unité de soins coronaires a écrit le rapport suivant : « Pendant la nuit, une ambulance a amené un homme de 44 ans cyanose et dans le coma. Il avait été trouvé trente minutes auparavant dans le coma sur le bord de la route, après un accident. Lorsqu’on a voulu l’intuber, il a fallu lui prélever son dentier que j’ai mis sur le chariot. Nous avons fait un massage cardiaque et utilisé la défibrillation. Au bout d’une heure et demie, le patient avait récupéré un rythme cardiaque et une pression artérielle suffisants, mais il était toujours dans le coma et sous intubation. On l’a donc transporté à l’unité de soins intensifs pour poursuivre la respiration artificielle.

Une semaine après sa sortie du coma, je l’ai rencontré à nouveau. Il était dans l’unité de cardiologie et dès qu’il m’a vue, il m’a reconnue et s’est écrié : « Ah ! Cette infirmière, elle sait où est mon dentier ! » II avait tout vu et il m’a expliqué : « Vous étiez là quand on m’a amené à l’hôpital et c’est vous qui avez pris mon dentier, et l’avez mis sur ce chariot où il y avait toutes ces bouteilles. Et il y avait même un tiroir en dessous et vous avez mis mon dentier dans ce tiroir I ». Alors là, j’étais toute surprise, car tout cela c’était produit lorsque ce patient était dans un coma profond et qu’il était en cours de réanimation. Il semblerait qu’il se soit vu d’au-dessus, allongé sur son lit avec les médecins et le personnel infirmier autour de lui en train de le réanimer. Il a pu décrire avec précisions, et très justement, la petite salle de réanimation ainsi que toutes les personnes présentes à ce moment-là. Il était très frappé par son expérience et il m’a dit qu’il n’avait plus du tout peur de la mort. »


Comment concilier EMI et EEG plat ?

Les conclusions communes aux trois études prospectives chez les survivants à un arrêt cardiaque sont les suivantes :

absence d’explications physiologiques ou psychologiques pour expliquer les EMI ; les EMI ont lieu pendant la période d’inconscience lors de l’arrêt cardiaque ; perte complète des fonctions cérébrales, conduisant les chercheurs de ces études à discuter et à remettre en cause le concept établi jusqu’à présent, mais jamais prouvé scientifiquement, selon lequel la conscience et la mémoire sont produites par et localisées dans le cerveau.

« Au cours d’une EMI, déclare Pim van Lommel, la conscience est accrue et est ressentie indépendamment de la conscience vigile normale qui est liée au corps. Comment un patient en état de mort clinique peut-il expérimenter une conscience claire en dehors de son corps au moment où son cerveau ne fonctionne plus et affiche des EEG plats ? Cette situation paradoxale d’une conscience lucide, et même renforcée avec des processus de pensée logique, au cours d’une période où l’irrigation du cerveau est entravée, pose des questions tout à fait particulières quant à notre connaissance actuelle de la conscience et de son lien avec les fonctions cérébrales.

En outre, même des aveugles de naissance ont décrit de réelles perceptions visuelles durant des expériences de décorporation lors d’EMI. Les études scientifiques sur les expériences de mort imminente nous conduisent aux limites de nos notions médicales et neurophysiologiques sur la conscience humaine et ses liens avec le cerveau ». « Une conscience claire et des processus de perception complexes au cours d’une période de mort clinique remettent en cause la notion admise jusqu’à présent, mais jamais prouvée, selon laquelle la conscience est localisée exclusivement dans le cerveau, poursuit Pim van Lommel. Comment peut-on expérimenter une conscience hors de son corps au moment où le cerveau ne fonctionne plus, lors d’une mort clinique avec un électroencéphalogramme plat. » ?


Les champs informationnels de la conscience de Pim van Lommel

D’après mon concept, notre conscience entière est unie avec ses mémoires à sa source et est stockée dans un espace de phases comme un champ dondes d’informations, à comparer avec les champs de probabilités de la mécanique quantique. Et le cortex ne sert que de relais pour une partie de ses champs d’ondes de la conscience. À rapprocher d’Internet, par exemple, qui ne prend pas sa source dans l’ordinateur lui-même, mais qui est reçu par l’ordinateur.

Différents réseaux neuronaux fonctionnent comme une interface pour différents aspects de notre conscience. Ce qui peut expliquer certaines précognitions dans une nouvelle dimension qui ne tient pas compte de notre concept de liaison entre le corps et l’esprit dans l’espace et le temps, où tous les événements présents et passés coexistent. » Les champs informationnels de la conscience sont, d’après Pim van Lommel, reçus par le cerveau qui fonctionne en tant que récepteur et aussi transmetteur, mais non pas comme conservateur de la conscience. « La voix qu’on entend au téléphone, poursuit-il, n’a pas sa source dans le téléphone lui-même. Les images et la musique qu’on entend à la télévision sont transmises vers notre poste. On peut comparer notre cerveau à ce poste de télévision qui reçoit des ondes électromagnétiques et les transforme en images et sons (et l’on peut aussi le comparer à une caméra de télévision qui transforme des images et des sons en ondes électromagnétiques). Ces ondes constituent l’essence de toutes informations, mais ne sont perceptibles par nos sens qu’en utilisant des instruments appropriés, tels que la caméra ou la télévision. On peut recevoir ce qui est transmis à la vitesse de la lumière à travers des milliers de kilomètres et si on éteint la télévision, la réception cesse sur notre poste, mais la transmission continue. L’information transmise reste présente dans les champs électromagnétiques. La connexion à été coupée, mais elle n’a pas disparu, elle peut encore être reçue ailleurs grâce à un autre poste. » C’est ce qu’il appelle le principe de la « non localité ». Au cours de l’arrêt cardiaque, pendant la mort clinique, la capacité de réception des champs informationnels par le cerveau est perdue, car la connexion est interrompue, mais les mémoires et la conscience ne cessent pas après l’arrêt du corps physique.

Ni temps, ni espace

Au cours de ces expériences, les patients voient leur vie entière défiler en un clin d’oeil, ainsi que les personnes qui y ont joué un rôle : «Je voyais non seulement ce que j’avais fait ou pensé, mais aussi la manière dont mes actes avaient influencé les autres ». Il n’y a ni temps, ni espace, ils se retrouvent immédiatement là où ils désirent être : « J’étais partout en même temps et parfois, il suffisait que mon attention soit attirée par un endroit pour que je m’y retrouve aussitôt ». « C’est la non localité, nous explique Pim van Lommel. Le temps et la distance semblent avoir disparu. Certains peuvent ressentir une forme de précognition, voir des images de leur futur et de l’avenir. Encore une fois, il semble qu’il n’y ait plus ni de temps, ni d’espace durant cette précognition. Souvent, on rencontre durant les EMI des personnes décédées, et parfois des inconnus parmi elles. Je vous cite le témoignage d’un patient: “Au cours de mon arrêt cardiaque, j’ai eu une expérience prolongée où j’ai vu ma grand-mère décédée ainsi qu’un homme qui me regardait avec amour. Mais je ne le connaissais pas. Plus de dix ans après, j’étais au chevet de ma mère mourante et elle m’a avoué que j’étais né d’une aventure hors mariage. Elle m’a alors montré la photo de mon père, et cet homme, cet inconnu que j’avais vu deux ans auparavant durant mon EMI était en fait mon père biologique”.


Retour par la tête

C’est par le sommet du crâne, le plus souvent, que les patients décrivent leur retour dans leur corps physique après avoir compris que le moment n’était pas encore venu, ou qu’ils avaient encore une tâche à accomplir. L’ensemble des sujets de l’étude néerlandaise qui ont expérimenté une EMI, déclarent ne plus avoir peur de la mort. « Cela vient du fait, poursuit Pim van Lommel, qu’ils se rendent compte que la conscience continue. Qu’ils conservent toutes les pensées et le souvenir des événements passés même une fois qu’ils ont été déclarés morts par les médecins. Vous êtes séparé d’un corps sans vie, mais vous conservez votre identité, et vous avez une conscience claire avec une capacité à percevoir les choses ».

Il semblerait que l’être humain soit plus qu’un corps, sinon comment expliquer tous ces témoignages, comme celui du « dentier », au moment de la perte de toutes les fonctions cérébrales provoquée par la cessation complète de l’irrigation du cerveau ?

Conclusion inévitable de l’étude de Pim van Lommel : il y a une continuité de la conscience, car elle peut être expérimentée indépendamment de la fonction cérébrale durant les expériences de mort imminente. « La conscience va continuer d’exister dans une autre dimension après la mort clinique, affirme-t-il, dans un monde invisible et immatériel, l’espace de phases, dans lequel tout - passé, présent et futur - est englobé. Ces champs de conscience sont stockés dans cette dimension sans temps ni espace, avec une interconnexion non locale et universelle. On pourrait appeler cela notre conscience supérieur, divine ou même cosmique » Et de conclure : « À la fin, à la mort définitive du corps, lorsqu’il ne reste plus que de la matière morte, nous pourrons être en contact avec cette partie éternelle et indestructible de la conscience cosmique. Tout ce que vous avez, tout ce que vous possédez se décompose, mais tout ce que vous êtes peut continuer à vivre au-delà du temps et de l’espace. »


« L’homme est un être spirituel qui habite un corps »

Chercheur en neurosciences du département de psychologie et de radiologie de l’université de Montréal, Mario Beauregard (PhD), s’intéresse aux neurosciences spirituelles, un nouveau domaine d’études des états mystiques profonds. Ses travaux sur les liens entre neurobiologie et expérience mystique auprès de quinze sœurs carmélites contemplatives ont fait l’objet d’une publication médiatique internationale et présentent des similitudes avec les EMI.

Mario Beauregard, pouvez-vous expliquer à nos lecteurs en quoi consiste ce nouveau domaine de recherche que sont les neurosciences spirituelles ?

Le passage au nouveau millénaire a marqué l’émergence dans la culture populaire occidentale d’un nouveau champ de recherche scientifique que nous proposons d’appeler « neurosciences spirituelles » (dans la foulée des neurosciences cognitives et affectives). L’objectif premier de ce domaine de recherche - situé à l’intersection de la psychologie, de la religion et des neurosciences - est d’explorer les soubassements neurobiologiques de la spiritualité et des expériences religieuses, spirituelles et mystiques (ou ERSM). En rapport avec cette question, il est primordial de réaliser que : a) l’identification des fondements neurobiologiques des ERSM ne diminue nullement leur signification et leur valeur ; b) la réalité objective de Dieu ne peut être ni confirmée ni infirmée par les neurosciences. L’un des postulats de base des neurosciences spirituelles est qu’il existe des mécanismes neurobiologiques rendant possibles les ERSM. À ce sujet, il a été suggéré que la démonstration de mécanismes neurobiologiques associés aux ERSM peut renforcer la foi en Dieu dans la mesure où ces mécanismes suggèrent qu’un pouvoir supérieur donne aux êtres humains la capacité de communier avec le monde spirituel.


Quels intérêts votre recherche et votre travail rencontrent-ils auprès de la communauté scientifique avec laquelle vous collaborez ?

Le réductionnisme, l’objectivisme et le physicalisme sont quelques-unes des assomptions métaphysiques de l’idéologie matérialiste scientifique qui domine les neurosciences contemporaines. Selon cette idéologie, que d’aucuns défendent de manière quasi-religieuse, les facultés mentales supérieures, la conscience, le libre-arbitre et le soi sont générés par des processus cérébraux de nature électrique et chimique. C’est le dogme central des neurosciences. Plusieurs neuroscientifiques parmi les plus réputés - dont Kandel, Edelman, Crick, Changeux, Damasio, LeDoux et Gazzaniga - adhèrent à cette idéologie. Voilà pourquoi certains de ces scientifiques n’hésitent pas à parler d’homme neuronal, de moi synaptique, etc. Pour ceux-ci, les ERSM sont le produit de l’activité électrochimique du cerveau. Comme la majorité des neuroscientifiques adhèrent à ce système de croyances, mes travaux de recherche rencontrent beaucoup de résistance de la part de bon nombre de mes collègues. Par exemple, l’une de mes études chez les Carmélites au sujet de l’activité de la sérotonine, un messager chimique du cerveau jouant un rôle central dans les ERSM, a été bloquée il y a quelques années par des membres influents du comité scientifique de l’Institut neurologique de Montréal (le fameux institut fondé par le Dr Penfield dans les années 20). Pour ces personnes, les ERSM ne constituent pas un objet scientifique digne d’intérêt et la science doit demeurer absolument séparée de la spiritualité.

Quelles sont les réticences principales rencontrées dans le domaine scientifique de la neuropsychologie de la conscience ?

Pour les neurosciences contemporaines, la conscience est de plus en plus considérée comme une question scientifique importante. Toutefois, la quasi-totalité des chercheurs qui s’intéressent à cette question souscrivent à l’idéologie matérialiste scientifique. Ces chercheurs essayent donc de démontrer que la conscience est le produit de processus électriques et chimiques dans le cerveau. Aussi ne voient-ils pas d’un bon œil les travaux de recherche (par exemple, au sujet des EMI ou de certains phénomènes psy) suggérant que la conscience n’est pas générée par l’activité électrochimique du cerveau. Les scientifiques osant affirmer cela sont considérés comme des hérétiques. Dans certains milieux particulièrement conservateurs, ils peuvent encore perdre leurs subventions de recherche et leurs postes universitaires.


Pouvez-vous nous livrer quelques résultats ou impressions issus de vos recherches en cours concernant plus précisément les EMI ?

Pour l’instant, nous avons enregistré à l’aide de l’électroencéphalographie (EEG) quantitative l’activité électrique du cerveau chez sept individus ayant été transformés psychologiquement et spirituellement (ces transformations sont mesurées à l’aide de diverses échelles validées scientifiquement) par leur EMI. Ces individus se sentent toujours en contact avec l’Être de Lumière (que beaucoup identifient comme étant Dieu) rencontré lors de l’EMI. Ce qui est fascinant chez ces individus, c’est qu’ils montrent à l’état de repos plus d’ondes lentes de type delta (la fréquence de ces ondes s’échelonne de 0,5 à 4 cycles par seconde ou Hz) et thêta (de 4 à 7 Hz) que la population normale. Or, des travaux réalisés récemment au sein de mon laboratoire ont montré que ces ondes delta et thêta étaient très présentes lorsque des Carmélites contemplatives étaient subjectivement en état d’union avec Dieu. Il semble donc possible que l’EMI ait amené un changement permanent d’activité électrique du cerveau chez nos sujets de recherche ayant vécu une EMI. Ce changement permettrait un contact plus permanent avec le monde spirituel (il s’agit là d’une hypothèse très spéculative pour le moment).

Le concept de « délocalisation de la conscience » est-il pour vous intéressant en tant que réalité établie, intuition, impression ou conviction intime ? Les EMI ne représentent-elles qu’un phénomène psychologique, neurochimique ?

Sur un plan personnel, j’ai vécu de nombreuses ERSM dont une EMI et quelques expériences de Conscience cosmique. Ces expériences m’ont profondément transformé. Aussi, c’est maintenant pour moi une certitude que la conscience n’est pas générée par l’activité électrochimique du cerveau et n’est pas localisée dans le cerveau (de toute manière, elle ne peut être localisée dans l’espace, il ne s’agit pas d’un objet).

Sur le plan scientifique, il n’existe pas encore de preuve irréfutable supportant empiriquement cette perspective. Toutefois, il existe diverses évidences allant en ce sens. Ainsi, l’une des EMI les plus impres-sionantes recensées à ce jour en raison des conditions au cours desquelles elle est survenue, est celle vécue par Pam Reynolds, une musicienne habitant à Atlanta. Cette EMI est rapportée par le Dr Michael Sabom dans son livre intitulé Light and Death (1998). En 1991, Pam Reynolds subit une intervention chirugicale à l’Institut Neurologique Barrow (Phoenix, Arizona). Cette intervention - appelée en anglais « standstill » - visait à faire l’ablation d’un anévrisme géant situé dans le tronc cérébral (siège des fonctions vitales) et menaçant la vie de la jeune femme alors âgée de 35 ans. Durant cette intervention qui dura près d’une heure, pas une goutte de sang ne circula dans son cerveau car la moindre pression sanguine à l’intérieur de l’anévrisme pouvait être fatale. Comme cet organe ne peut être privé d’oxygène pendant plus de quelques minutes, le cerveau de Pam Reynolds fut plongé en hypothermie (à 15,5″C), puis vidé de son sang. Au cours de cette intervention, l’activité électrique de son cerveau fut enregistrée à l’aide d’un EEG. De plus, on monitora ce qui se passait dans le tronc cérébral par l’entremise de potentiels évoqués auditifs. Il fut ainsi possible de montrer que les ondes cérébrales de Pam Reynolds étaient plates et son tronc cérébral inactif. En d’autres termes, cette dernière était cliniquement morte et son cerveau ne fonctionnait plus (toutes les activités de base du cerveau ainsi que les fonctions supérieures avaient cessé). Chose remarquable, tandis que son cerveau n’était plus fonctionnel, Pam Reynolds vécut une EMI au cours de laquelle elle perçut la scie à trépaner que tenait le neurochirurgien et la boîte contenant ses accessoires, ainsi que le dialogue entre le neurochirurgien et la cardiologue. Le rapport enregistré de l’intervention a permis de vérifier et de situer dans le temps le moment précis de ces éléments. Ce rapport a démontré une acquisition d’informations objectives. Voici un extrait du témoignage qu’elle fit au Sabom : « J’ai entendu un bruit mécanique. Ça m’a fait penser à la fraise du dentiste. C’était comme si le bruit me poussait, et finalement, je suis sortie par le haut de ma tête. Dans cet état, j’avais une vision extrêmement claire de la situation. J’ai remarqué que mon médecin avait un instrument dans la main qui ressemblait à une brosse à dents électrique. Il y avait un emplacement en haut, ça ressemblait à l’endroit où on met l’embout. Mais quand je l’ai vu, il n’y avait pas d’embout. J’ai regardé vers le bas et j’ai vu une boîte. Elle m’a fait penser à la boîte à outils de mon père quand j’étais enfant. À peu près au moment où j’ai vu l’instrument, j’ai entendu une voix de femme, je crois que c’était la voix de ma cardiologue. Et la voix disait que mes veines étaient trop étroites pour évacuer le sang et le chirurgien lui a dit d’utiliser les deux côtés. Je ne suis pas restée là plus longtemps, j’ai soudain senti une présence, et quand je me suis retournée, j’ai vu un minuscule point lumineux. Il semblait très très éloigné. Et quand je m’en suis approchée, j’ai entendu ma grand-mère m’appeler. Je suis aussitôt allée vers elle, et elle m’a gardée tout près d’elle. Et plus je me rapprochais de la lumière plus je commençais à voir des gens que je reconnaissais. J’étais impressionnée par le fait que ces gens avaient l’air merveilleux. Ma grand-mère n’avait pas l’apparence d’une vieille femme. Elle était radieuse. Tout le monde avait l’air jeune, sain, fort. Je dirais volontiers qu’ils étaient de la lumière, comme s’ils portaient des vêtements de lumière, ou comme s’ils étaient faits de lumière. Je n’ai pas été autorisée à aller très loin, ils me gardaient près d’eux. Je voulais en savoir plus sur la musique, sur le bruit d’une chute d’eau, sur les chants d’oiseaux que j’entendais, et savoir pourquoi ils ne me laissaient pas aller plus loin. Ils ont communiqué avec moi. Je n’ai pas d’autres mots pour exprimer cela, car ils ne parlaient pas comme vous et moi. Ils pensaient et j’entendais. Ils ne voulaient pas que j’entre dans la lumière, ils disaient que si j’allais trop loin ils ne pourraient plus me relier à mon moi physique. Puis mon oncle m’a ramené en bas, à travers le tunnel. Pendant tout le voyage j’ai intensément désiré retourner dans mon corps. Cette idée ne me posait pas de problème ; je désirais revenir vers ma famille. Puis je suis arrivée à mon corps, et je l’ai regardé, et franchement, il avait l’air d’une épave. Il avait l’air de ce qu’il était : mort. Et je n’ai plus voulu y retourner. Mon oncle m’a communiqué que c’était comme sauter dans une piscine. J’étais réticente à le faire, et puis il s’est passé quelque chose que je ne comprends toujours pas aujourd’hui. Il a accéléré mon retour dans le corps en me donnant une sorte de coup. Comme quand on pousse quelqu’un dans la piscine. Et quand j’ai touché le corps, c’était comme un bassin d’eau sucrée…». Au cours de son EMI, Pam Reynolds perçut aussi la présence d’une Lumière très brillante et aimante. Dans cette Lumière, elle réalisa que son âme faisait partie de Dieu, et que tout ce qui existe a été créé à partir de cette Lumière, qui est l’essence même de Dieu.


Quels sont, selon vous, les enjeux de la prise en compte d’une conscience délocalisée :

La démonstration scientifique que les facultés supérieures (perception, mémoire, émotion etc.), la conscience et le soi ne sont pas le produit de l’activité électrochimique du cerveau constitue certainement l’une des plus grandes découvertes de l’histoire de la science. Cette démonstration impliquerait que les êtres humains ne sont pas des robots biologiques déterminés, en grande partie issus d’un dysfonctionnement du cerveau. Une telle découverte confirmerait la thèse des grandes traditions spirituelles selon laquelle l’humain est d’abord et avant tout un être spirituel habitant un corps physique. Comme la science exerce maintenant une influence énorme à l’échelle planétaire, cette découverte changerait radicalement notre vision du monde et serait rapidement intégrée dans les diverses sphères d’activité humaine.

Quels sont vos projets ?

Je participe présentement avec d’autres scientifiques à la mise sur pied d’une étude internationale visant à démontrer l’authenticité de la perception associée à une expérience « hors du corps » en état de mort clinique induite par une procédure chirurgicale type standstill (comme pour Pam Reynolds). Étant donné que, lors de cette procédure, le cerveau ne fonctionne plus, des résultats positifs démontreraient que les facultés mentales supérieures (perception, mémoire, émotion, etc.), la conscience et le soi ne sont pas le produit de l’activité électrochimique du cerveau. Bien évidemment il s’agirait là de l’une des plus grandes découvertes de l’histoire de la science.

Chercheur en biologie moléculaire, Sylvie Déthiollaz est également fondatrice du centre de recherche Noêsis, basé à Genève, qui étudie les états modifiés de conscience associés à des situations de mort imminente. Selon elle, on ne pourra élucider ces phénomènes sans passer à un nouveau paradigme scientifique.


Quel intérêt votre recherche et votre travail rencontrent-ils auprès des médecins et chirurgiens avec lesquels vous collaborez ?

Depuis la création de Noêsis, il s’est écoulé beaucoup de temps avant que mon travail ne soit remarqué par le milieu médical genevois. Ce sont des anesthésistes qui m’ont contactée les premiers. Ils sont un peu à part dans le monde médical et ont une ouverture d’esprit plus grande par rapport aux NDE, car ils sont en contact direct avec les patients et avec ce phénomène de conscience-inconscience. À travers leur pratique quotidienne, ils se rendent compte que dans ce domaine, il y a encore beaucoup de choses qui nous échappent. Malgré tout, la plupart sont encore convaincus qu’il s’agit simplement d’hallucinations, mais jugent utile pour leur pratique de s’y intéresser. Par ailleurs, j’ai donné quelques conférences à l’hôpital et à part une poignée de médecins qui s’intéressent au sujet, la plupart considère toujours qu’il ne s’agit que d’hallucinations sans grand intérêt.


Quelles sont les réticences principales rencontrées dans le domaine scientifique de la biologie et de la médecine ?

Les scientifiques actuels sont frileux. Ils ne veulent pas se mouiller. Pour eux, la recherche sur les NDE sent le souffre. Le vocabulaire mystique employé par les expérienceurs pour décrire leur expérience les fait fuir et classer le sujet dans la catégorie « délire » sans même prendre la peine de se pencher sur le dossier. En outre, ils ont peur, peur de devoir remettre en question les « dogmes » scientifiques actuels dans le cas où ce ne serait effectivement pas des hallucinations. Imaginez un peu les conséquences si l’on prouve que la conscience n’est pas produite par le cerveau… La science doit être curieuse, ouverte et en perpétuelle remise en question. Aujourd’hui, elle est devenue - en tout cas dans le domaine des sciences de la vie - dogmatique, ce qui est une aberration. Les chercheurs actuels cherchent surtout à se rassurer en avançant dans un monde dont ils ont eux-mêmes dessiné les limites. Et ils préfèrent nier l’existence de ce qui sort de ce cadre.

Dans le cas des médecins, vient encore s’ajouter la problématique de la mort. Pour eux, quand un patient en arrive à vivre une NDE, c’est un échec et ce n’est plus de leur domaine, puisqu’eux se battent pour la vie. Sans compter que beaucoup d’entre eux ont fait médecine parce qu’ils avaient justement peur de la mort…

Alors ils préfèrent ne pas en entendre parler. Seulement, ces expériences se produisent souvent à l’hôpital et ils ne peuvent plus continuer à nier le phénomène. D’où l’intérêt d’inclure les NDE dans leur formation continue, car les médecins ont une très mauvaise connaissance du sujet et auraient besoin de recevoir une information de qualité puisqu’ils sont en première ligne.


Pouvez-vous nous livrer en avant-première quelques résultats ou impressions issus de vos recherches et ou d’une étude en cours ?

Je mène actuellement deux études en parallèle. Une étude clinique sur les NDE et une étude expé¬rimentale sur les phénomènes de décorporation.

Malheureusement, dans les deux cas, je ne suis pas autorisée à divulguer de résultats intermédiaires avant la fin de l’étude et sa publication. Je peu: néanmoins vous livrer deux observations gêné raies que j’ai faites depuis la création de Noêsis D’une part, les phénomènes de type NDE et OB: confondus sont beaucoup plus courants que l’on ne le pense. D’autre part, la recherche scientifique se heurte à un problème de taille avec l’étude d ces phénomènes. En effet, la rigidité de la méthode scientifique qui exige la reproductibilité de résultats pour des expérimentations menées dans des conditions identiques standards s’accorde mieux avec le caractère par essence fluctuant des état de la conscience. Si la science relève, comme je l’espère, le défi de s’aventurer dans ces eaux-libres cela passera probablement par l’avènement d’un nouveau paradigme scientifique.

Le concept de « délocalisation de la conscience » est-il pour vous intéressant en tant qu réalité établie, intuition/impression/conviction intime ? Ou les EMI ne représentent-elle qu’un phénomène psychologique, neurochimique ?

Dans l’état actuel de nos connaissances scientifiques, il est difficile voire impossible de répondre cette question. Une chose est sûre : il ne s’agit pas d’une réalité établie. Les EMI en elles-mêmes ne prouvent absolument rien. Il s’agit uniquement de témoignages (donc de données subjectives) dont le contenu est parfois tellement délirant qu’il est tout à fait légitime de les assimiler dans un premier temps à des hallucinations d’ordre psychologique ou neurophysiologique. Cependant il y a un élément de l’EMI qui est plus troublant que les autres et qui est le seul que l’on puisse espérer vérifier de manière scientifique, c’est celui de l’OBE, cette impression de « sortir » de son corps et de pouvoir se déplacer et percevoir son environnement sans celui-ci. Là encore, il ne s’agit dans la plupart des cas que de témoignage: mais certaines fois les perceptions rapportées ont pu être vérifiées par le personnel média et se sont révélées extrêmement précises, alors même que l’EEG du patient était plat. Il en faudra plus, bien sûr, pour convaincre la communauté scientifique que la conscience peut se délocaliser et il ne s’agit effectivement pas encore d’un preuve irréfutable sur le plan scientifique. Mais j’avoue que personnellement, cela me suffit pour avoir la conviction intime que la conscience n’est pas le fruit de l’activité neuronale. Mais là, je n parle plus en tant que scientifique. Je parle de mon ressenti intime et je ne prétend donc pas qu’il s’agit de LA vérité.

Quelles sont, selon vous, les implications ou enjeux de la prise en compte d’une conscience délocalisée pour la médecine, la psychologie, ou même la société humaine dans son ensemble ?

Si l’on parvient à prouver que la conscience peut se délocaliser et surtout qu’elle n’est pas produite par le cerveau, on assistera à une révolution sans précédent, probablement plus importante encore que celle provoquée par la découverte que la Terre est ronde ou qu’elle tourne autour du Soleil. Il est même difficile d’imaginer toute la portée d’une telle découverte qui remettrait en question notre vision même de l’Homme et de sa place dans l’Univers, en relançant une question à laquelle notre société occidentale dans toute son arrogance et son manque d’humilité pensait avoir répondu une bonne fois pour toutes : celle d’une forme de survie après la mort. Car, en fin de compte, quelle est la véritable question qui se cache derrière cette notion de délocalisation de la conscience, si ce n’est celle de sa survie au moment de la mort du corps physique, puisque la conscience ne serait donc pas irrémédiablement liée à ce corps qui ne serait qu’une sorte de véhicule ? On touche donc ici aux grandes questions existentielles : qu’est-ce que la Mort et qu’est ce que la Vie ? Si la mort n’existait plus, on soulagerait l’Homme de son angoisse primordiale, mais ne le priverait-on pas par la même occasion de son principal moteur ? Sans compter que, comme dans toute découverte scientifique, il y a toujours le revers de la médaille. L’Homme chercherait certainement à en tirer des applications pratiques pas forcément très glorieuses, comme par exemple utiliser la décorporation pour aller espionner son voisin. Aux États-Unis, on sait que la CIA a déjà financé dans les années 60 des recherches importantes sur les phénomènes psy dans ce but-là…

Ce dossier pourrait également être l’occasion pour Noêsis de faire connaître son existence et de faire un appel aux lecteurs de NEXUS qui souhaiteraient participer à votre étude. Pouvez-vous définir ce centre ?

On s’attarde beaucoup sur le côté spectaculaire des NDE et on parle surtout des changements positifs qu’elles apportent dans la vie des expérienceurs, mais on oublie que vivre une NDE ou tout autre expérience liée à une modification de la conscience relève en général - du moins dans un premier temps - d’un réel traumatisme. Le centre Noêsis est le seul centre de recherche scientifique qui offre également un accueil, une écoute et même si nécessaire un soutien psychothérapeutique aux personnes qui ont un vécu difficile autour d’une expérience liée à un état de conscience modifié (NDE, OBE ou autres). Le centre fonctionne selon le système de l’échange : nous offrons notre soutien, mais nous avons besoin des expérienceurs pour mener à bien nos recherches. Actuellement, nous avons entamé un programme de recherche sur le phénomène de décorporation (que certaines personnes vivent en dehors de toute situation de mort imminente) dont le but est d’essayer de vérifier dans des conditions expérimentales rigoureuses la réalité des perceptions visuelles rapportées au cours d’une OBE pour pouvoir la distinguer définitivement d’une hallucination. En collaboration avec des hôpitaux suisses, nous allons également étudier les mécanismes cérébraux associés à ce phénomène par imagerie cérébrale. Pour cette étude, nous recherchons actuellement des candidats. Nous encourageons donc toute personne vivant des OBE plus ou moins à volonté, de manière spontanée ou à l’aide d’une technique, et qui est intéressée à participer à une recherche scientifique, à nous contacter rapidement : http://www.noesis.ch ou tph : 41 22 346 97 74.


« Ça changerait tout : l’hôpital, le cimetière, la ville, la famille, les sciences… »

Président du Centre d’études des expériences de mort imminente à Paris, Marc-Alain Descamps est également professeur de psychologie à l’université de Paris V, psychanalyste rêve-éveillé et professeur de yoga. Selon lui, les EMI sont des expériences spécifiques à ne pas confondre avec d’autres états modifiés de conscience.

Depuis plusieurs années maintenant, le Centre d’études des expériences de mort imminente enregistre les témoignages de personnes qui ont vécu une EMI en France. Pouvez-vous nous présenter les travaux du CEEMI1 ?

La première étape est de délimiter exactement ce que l’on cherche. Dans le domaine des phénomènes étranges non reconnus par la science, on mélange tout : les miracles des chrétiens, le chamanisme, le vaudou, la sorcellerie, les guérisseurs, les jeteurs de sorts, les voyants, les médiums, les OBE, les hystériques, la psychokinèse… Une montée de kundalini n’est pas une OBE, une EMI, une extase, une « expériences transpersonnelle », une transe, etc. Pour simplifier son étude (et ne pas tout mélanger) le CEEMI ne s’occupe que des expériences en état de danger de mort. Donc pas des expériences lors d’une sieste, d’une relaxation, d’une danse, d’un cours de yoga, d’un rêve, d’un massage, etc. De plus, il s’intéresse surtout aux gens qui en ont été transformés et sont devenus doux, gentils, dévoués, humbles… pas de ceux qui racontent qu’ils ont eu une NDE et sont devenus méchants, orgueilleux, vindicatifs, intolérants… Là est le critère. C’est tout simple, on reconnaît un arbre à ses fruits. Il s’agit donc de la forme complète (phase 5 ou 10 selon les chercheurs), pas la 1 ou 2 et donc pas du tout des simples OBE à ne surtout pas mélanger. C’est un autre sujet passionnant et immense. Mais dans la pratique, le CEEMI reçoit tout le monde et écoute sans juger. Toutes ces personnes sont en demande. Les deuils, les comas, les OBE, les rêves de mort, les apparitions de parents morts… Le problème le plus fréquent est une mort récente, dont la personne refuse absolument de faire le deuil. De plus, dans le grand public, il y a un phénomène de mode. Pour certains, « les expérienceurs » sont les saints du dernier jour, venant nous assurer que l’enf

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