L’alchimie

L’alchimie est un art ésotérique qui plonge ses racines dans la plus lointaine antiquité de la plupart des continents, et qui s’est répandu au Moyen Âge en occident après la pénétration des textes arabes. Les écrits alchimiques font usage d’un symbolisme particulier destiné à en cacher le sens aux non initiés. On retrouve des pratiques alchimiques dans les diverses civilisations de l’ancien monde: occidentale, arabe, indienne, chinoise.

L’alchimie est souvent considérée comme l’ancêtre de la chimie moderne, celle-ci
provenant en fait de la spagyrie et particulièrement la partie concernant le travail sur les «particuliers», faisant usage de composés d’origine minérale, végétale ou animale.
La minéchimie/archimie quant à elle, vise uniquement à l’obtention de la transmutation des métaux par l’utilisation de techniques spécifiques associées à l’utilisation de composés d’origine uniquement minérale. (Transformer le plomb en or…)

L’alchimie à travers l’histoire

Son origine:

L’origine de l’alchimie se perd dans la nuit des temps, et semble provenir de presque tous les continents. Alors qu’on pensait jusqu’à une époque récente qu’elle était la forme primitive de la chimie moderne, Mircéa Eliade démontra que, loin d’être une chimie archaïque, était liée au matériel légendaire local, qui confère à sa lecture une spécificité propriétaire, tout en respectant une trame étrangement identique dans toutes les traditions.

Durant l’Antiquité:

L’alchimie semble prendre une part de plus en plus essentielle lors de l’âge du cuivre, quand l’homme désirant comprendre et domestiquer son environnement, interprète celui-ci sous forme métaphorique pour en transmettre les secrets. Telle l’utilisation de créatures légendaires composites, comme les chimères, pour représenter les éléments fondamentaux nécessaires à fabrication des outils et des armes assurant la suprématie sur les champs de batailles.
Dans la Chine antique, l’alchimie est déjà attestée au IVe siècle av. J.-C. (L’alchimie aurait déjà été pratiquée en Chine en 4500 av. JC). La recherche des remèdes d’immortalité est le grand projet depuis la période des Royaumes combattants. Les souverains font confiance à la voie des magiciens et des immortels, et ces «magiciens» sont souvent alchimistes. Le premier empereur de la dynastie des Qin organise une expédition sur l’île légendaire de Penglai (Ce récit porte de grandes similarités avec d’autres cycles épiques, comme celui des argonautes). En Inde, les pratiques shivaïques et tantriques suivent également la trame alchimique. Shiva (principe actif du soufre) féconde Çakti (principe passif du mercure) pour donner à l’adepte le corps de diamant foudre, devenu en occident la pierre philosophale.
Au Moyen-Orient, la grande Babylone connaît également l’alchimie. L’Iran antique connaît déjà l’homme primordial et son démembrement. En Égypte ancienne, on trouve déjà l’ouroboros, symbole du principe premier de l’alchimie, «solve et coagula» (dissolution et évaporation), ainsi que le principe de la première étape, la dissolution, reconnue par les alchimistes comme étant l’allégorie du démembrement, ici celui d’Osiris, que la mythologie grecque reprendra comme le démembrement de Dionysos-Zagreus, ou celui d’Orphée. L’école d’Alexandrie, probablement le centre le plus fécond de toute l’Antiquité, eut également ses maîtres à penser en alchimie.
En Europe, ce sont les Celtes qui pratiqueront l’alchimie, en particulier au travers de la mythologie du chaudron de Dagda , ancêtre du Graal.

Au Moyen Âge:

Au XIIe siècle, avec les croisades, les textes arabes, qui connaissaient déjà une théologie et une métaphysique très élaborée remontent chez nous par l’Espagne et la Turquie. Aristote, inconnu alors jusque là en Europe, devient le système clé de la philosophie scolastique médiévale qui portera en son sein tout le matériel alchimique. Afin d’éviter les foudres de l’église chrétienne, naissent les récits épiques greffés sur le matériel évangélique (Arthur et les chevaliers de la Table Ronde, qui convergeront vers un thème central: le Graal, représenté comme étant le vase recueillant le sang du Christ). Ces récits porteront des informations capitales que les alchimistes reprendront dans leurs traités. C’est à ce moment, au XIIe siècle, qu’apparaît un texte capital, la Table d’émeraude, réfèrence de tous les alchimistes médiévaux, que la croyance populaire attribuera à Hermès. On sait aujourd’hui que la Table d’émeraude est en fait la partie finale d’un traité nommé «Le livre du secret de la création et technique de la Nature», rédigé sous le règne du Khalife Ma’Mûn en 833. À cet instant, aux XIIe et XIIIe siècle, l’alchimie est à peu près en phase avec les pères de l’Église, puisque ses promoteurs sont issus de la culture catholique.

Elle connaît du XIVe au XVIe siècle son apogée, elle commence à prendre ses distances avec l’Église, sur laquelle elle avait pris naissance et qui l’avait jusque-là tolérée. La Réforme se prépare, les doctrines théosophiques apparaissent, l’illuminisme se développe. L’approche purement théologique devient ambivalente pour se muer en descriptif analogique. La grâce divine reflète la pierre, le discours prend plusieurs significations : théologique, métaphysique et physique. L’alchimie, frappée d’hérésie, se fonde en doctrine secrète pour échapper à son bourreau. Il faut désormais une érudition et une capacité de discernement pour entendre les textes masqués sous d’épais voiles. C’est dans ce contexte que naîtra le foisonnement de textes le plus important de toute l’histoire occidentale, mais aussi le plus obscur. À cette époque, la capitale de l’alchimie est Prague, et à peu près tous les érudits y convergent.

Durant la Renaissance:

Avec la Renaissance, le siècle des Lumières, et l’avènement du matérialisme, se développeront au cours de ces trois siècles un schisme que l’on pourrait appeler « laïcité métaphysique ». Les succès des approches cartésiennes et kantiennes propagent l’idée que la Nature est concevable dans sa forme observée, mesurable, indépendamment d’une causalité qui la transcenderait. La Science est née. Même si de grands alchimistes marquent encore cette époque, même si certains scientifiques défendent encore les principes hermétiques, l’alchimie est progressivement assimilée à une ancienne forme de chimie, pour finir par voir son arrêt de mort signée par Lavoisier. Au XIXe siècle, les quelques alchimistes résiduels sont considérés comme des curiosités, vestiges d’une époque révolue.

Et ensuite…

En 1925 paraît, dans l’indifférence générale, un ouvrage intitulé « Le mystère des cathédrales » écrit par un total inconnu, un certain Fulcanelli. Cette figure deviendra au cours du XXe siècle une véritable légende, en passe de dépasser la légende de Faust. Un certain Canseliet, qui aurait été son élève, va venir souffler le chaud et le froid sur ce personnage, qui, selon la légende, aurait bénéficié du « Don de Dieu », l’immortalité (il aurait été vu en Espagne âgé de 113 ans). Fulcanelli et Canseliet sont deux auteurs ayant publié quelques ouvrages d’une érudition titanesque, véritable synthèse de toute la connaissance alchimique et qui suffiraient par eux-mêmes. Parallèlement, l’anthropologie fait des pas de géant. Mircea Eliade, probablement le plus grand anthropologue du XXe siècle, démontre que l’alchimie, loin d’être l’ancêtre balbutiant de la chimie, représente un système de connaissance très complexe dont l’origine se perd dans la nuit des temps, et commun à toutes les cultures.
En 1953, René Alleau, philosophe et historien des sciences, a publié plusieurs ouvrages sur l’alchimie, les sociétés secrètes et les symboles, publia un ouvrage fondamental: « Aspects de l’alchimie traditionnelle », avec une préface d’Eugéne Canseliet. C’est d’ailleurs Alleau qui, en 1948, prononça une série de conférences sur l’Alchimie auxquelles assista André Breton, et qui eurent un profond retentissement sur le chef de file des Surréalistes. On lui doit aussi la collection « Bibliotheca hermetica ».

En savoir un peu plus sur l’alchimie…

Les alchimistes étaient supposés chercher le secret de la fabrication de la pierre philosophale, appelée aussi « Grand œuvre », censée être capable de transmuter les métaux vils en or, ou en argent. Mais derrière des textes hermétiques constitués de symboles cachant leur sens aux non-initiés, les alchimistes s’intéressaient plutôt à la transmutation de l’âme, c’est-à-dire à l’éveil spirituel. On parle alors d’alchimie mystique. Plus radical encore, l’Ars Magna, une autre branche de l’alchimie, a pour objet la transmutation de l’alchimiste lui-même en une sorte de surhomme au pouvoir quasi-illimité. L’alchimie a ainsi des aspects néo-platoniciens, séparant matériaux élevés et purs de leurs équivalents impurs et corrompus. Toutefois, la quête alchimique des premiers temps, celle de l’élixir, peut être simplement thérapeutique ; ce qui explique l’importance de la médecine arabe dans le développement de l’alchimie. On sait en effet que les médecins arabes vont développer une thérapeutique complexe, inventant des médications extrêmement sophistiquées, et des procédés de transformation des produits naturels (comme la distillation; l’alambic étant une invention du monde arabe). La pierre philosophale, l’élixir, ces finalités des tentatives alchimiques sont aussi des panacées, des médicaments universels. En ce sens, même si l’alchimie n’est pas un ancêtre direct de la chimie, on observe chez Paracelse une transition entre alchimie et chimie par ce que le médecin suisse appelait iatrochimie.
L’alchimie était censée opérer sur une Materia prima, Matière première, de façon à obtenir la pierre philosophale capable de réaliser la «projection», c’est-à-dire la transformation des métaux vils en or.

Trois principes fondent la métaphysique de l’alchimie: le sel, le soufre et le mercure.
Les trois phases de l’obtention du sel sont distinguées par la couleur que prend la matière au fur et à mesure : œuvre au noir, au blanc, au rouge. Elles correspondent à trois types de manipulation chimique: noir (carbonisation), rouge (incandescence par ignition spontanée), blanc (calcination et lessivage répétés).
C’est par l’extraction que l’on obtient le soufre et par la fermentation-distillation-rectification, le mercure , le sel étant obtenu par calcination. Notez que les alchimistes croyaient qu’en faisant brûler ou chauffer des choses, ils les rendraient pures car ils voulaient éliminer le phlogistique , fluide qui était «matériellement» la chaleur. Les «noces chimiques» dont le résultat est la pierre ou l’élixir s’opèrent entre le soufre et le sel par la médiation du mercure.

L’alchimie continue à l’heure actuelle de fasciner certains chercheurs. Selon certains alchimistes modernes, elle utilise les énergies de la vie pour transmuter les métaux; cette énergie serait puisée également dans l’alchimiste lui-même. Ainsi seul un être vivant intelligent pourrait effectuer des opérations alchimiques. Vouloir automatiser les procédés alchimiques ne servirait donc à rien.

La transmutation possible?

Bien que certains alchimistes renommés aient prétendu réussir l’opération de transmutation en or, on sait aujourd’hui qu’elle est chimiquement impossible mais physiquement réalisable. L’or comme les autres métaux étant des éléments simples, seule une réaction nucléaire, modifiant les noyaux des atomes eux-mêmes, permettrait la production d’or. Le coût de cette transmutation est, avec les techniques actuellement connues, bien plus élevé que la valeur de l’or produit.
Il n’en reste pas moins que l’alchimie a fasciné des philosophes et des savants de toutes époques, tels Roger Bacon, Paracelse ou Isaac Newton.

Parmi les alchimistes les plus renommés, il convient de citer Nicolas Flamel, dont on prétendit qu’il tira une immense fortune de ses expériences de transmutation. Cette fortune aurait servi à bâtir de nombreux hôpitaux et églises. Pourtant, l’origine de sa richesse reste mystérieuse et, après sa mort, de nombreuses personnes cherchèrent en vain sa pierre philosophale.

L’alchimie de nos jours

Les présupposés populaires laissent à penser que la terminologie descriptive de l’alchimie se réduit à une sémantique propriétaire à caractère para-chimique (soufre, mercure, sel, métaux, antimoine, etc…). Bien souvent, ne sont pas classées en catégorie « alchimie » les doctrines soutenues par un vocabulaire différent. C’est là une des plus grandes erreurs que commettent les non-initiés.

Dans son sens le plus large, l’alchimie se veut descriptive des grands principes de l’univers. Les alchimistes se nomment eux-mêmes « seuls philosophes véritables », et travaillent dans un esprit absolument élitiste, estimant que seuls les esprits dignes et pénétrants doivent avoir accès aux résultats de leurs investigations. Ainsi les grands principes de l’alchimie sont non seulement codés, mais prennent aussi de multiples formes d’expression, voire sont parsemés d’erreurs délibérées.

Dans toute l’histoire de l’humanité, on retrouve des textes qui suivent les modalités descriptives de l’alchimie médiévale, cette dernière n’étant d’ailleurs, comme indiqué dans l’historique, qu’une fille desdits textes. Les auteurs parvenus à la compréhension de l’art aiment d’ailleurs à naviguer sur des références au semblant lointaines des concepts para-chimiques. Un esprit averti devient parfaitement capable de reconnaître dans des textes antiques les principes que lui-même explique sous une terminologie très différente.
Ce principe d’expression multiple pose d’ailleurs un véritable problème aux historiens, théologiens, exégètes, car en donnant une signification allégorique aux textes concernés, il en remet en cause l’authenticité historique (si la sortie d’Égypte orchestrée par Moïse représente le descriptif d’un principe, c’est l’existence historique de Moïse qui est menacée). Curieusement, l’archéologie peine très souvent à confirmer une authenticité historique relative à un texte revendiqué par l’alchimie comme allégorie (dans l’exemple de Moïse, on sait maintenant que l’Égypte ancienne n’avait pas d’esclaves sémites)

L’alchimie dans l’art

On retrouve dans beaucoup d’œuvres, de toutes époques, qui ont pour les ésotéristes un lien avec l’alchimie. Thèse bien souvent contesté ou ignoré des historiens.
Si l’on prend la position des ésotéristes, on peut voir, dans le récit épique de l’histoire du roi Arthur, qu’à sa mort, il est transporté sur l’île d’Avalon où il va s’effectuer sa résurrection. Ce passage représenterait le passage de l’œuvre au noir à l’œuvre au blanc.

On peut aussi en voir dans certains mythes grecs, comme dans Callimaque, Astéria, l’île céleste, devient Délos, l’île flottante. Ce passage représenterait la matière visqueuse, très précieuse, flottant à la surface, que l’alchimiste doit soigneusement séparer. On peut aussi le voir dans le mythe du voyage des Argonautes dont l’objectif est l’appropriation de la toison d’or. C’est l’un des textes fondamentaux auxquels se réfèrent les alchimistes.

On retrouve aussi une dimension alchimiste dans le Nouveau Testament. Par exemple; l’étoile qui guide les rois mages représente le signe qui va mener à l’enfant philosophal, et aussi dans l’Ancien Testament, la séparation des eaux de la Genèse ou la traversée de la Mer Rouge par Moïse sont le principe de la séparation initiale des éléments.

On voit aussi certains auteurs, initiés à l’alchimie, qui auraient incrusté de grands secrets alchimiques dans des contes populaires. Par exemple, l’épopée de Pinocchio. On peut y retrouver une référence de l’Ancien Testament avec l’histoire de la baleine, référence à l’aventure de Jonas. L’histoire de Pinocchio retrace l’ensemble de l’œuvre, jusqu’à la Pierre Philosophale (le pantin qui devient garçon). On peut aussi la retrouver plus communément dans certains rites qui sont encore actuels, comme la galette des rois, qui décrirait la capture de l’élément rédempteur au sein du chaos primordial.

Il ne faut pas non plus s’imaginer que tout renferme des allusions à l’alchimie, très loin s’en faut. Les textes respectant intégralement le code hermétique sont rares, parce que les initiés furent rares. Le plus souvent, ce sont des textes vulgaires, quelconques, qui ont été utilisés et dans lesquelles seules quelques insertions d’ordre initiatique ont été faites. Il faut alors avoir au moins le niveau d’amateur averti pour pouvoir les soupçonner puis les séparer. Il y a d’ailleurs fort à parier que bon nombre de textes n’ont pas encore été décelés comme issus de la connaissance alchimique, car les investigateurs en la matière furent toujours très réduits, étant donné le niveau de culture élevé requis. Néanmoins, un lecteur de talent pourrait toujours découvrir un trésor soigneusement enfoui par un ancien qui apporterait des lumières inédites sur l’Art. Un mot également, très important, sur l’expression alchimique non intentionnelle. L’alchimie étant un descriptif de l’Univers, il est parfaitement réalisable, pour un non-alchimiste totalement ignorant en la matière, de parvenir, par une approche d’un angle différent qui lui serait propre, à un descriptif conforme à la tradition alchimique. Il suffirait pour cela que son approche aboutisse à la description, ou au moins au pressentiment, d’une vérité universelle.

On peut par exemple citer certaines œuvres très récentes qui parlent, avec ou sans intentions, d’alchimie, comme le premier volet de « Matrix », le simulateur de matrice, où s’effectue l’entraînement de Néo, où l’on peut violer les règles physiques, nous retrouvons exactement l’analogie de la matière active, sulfureuse, qui va féconder la matière passive, mercurielle. Ou encore dans « L’odyssée de l’espace », de Stanley Kubrick, on retrouve la trame de l’épopée antique: départ du héros, combat contre le monstre mythologique, stade que l’alchimie assimile à la production du dissolvant, initiation du héros, retour du héros à sa contrée d’origine…
Encore plus recemment, le manga « Fullmetal alchemist » y reprend les bases pour en faire une BD où s’entrecroisent de nombreuses idées alchimiques. Il existe aussi en version manga animé.

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