L’empathie

L’empathie est une notion complexe désignant le mécanisme psychologique par lequel un individu peut comprendre les sentiments et les émotions d’une autre personne, en « se mettant à sa place » sans toutefois les ressentir lui-même. L’empathie se différencie donc de la contagion émotionnelle dans laquelle une personne éprouve le même état affectif qu’un autre sans conserver la distance qu’on observe dans l’empathie. Les théories modernes distinguent aussi l’empathie de la sympathie qui consiste aussi à comprendre les affections d’une autre personne mais qui comporte en plus une dimension affective : alors que l’empathie repose sur une capacité d’imagination, la sympathie repose plus sur la proximité affective avec celui ou celle qui en est l’objet.

Certains chercheurs préfèrent parler d’empathie cognitive pour insister sur le fait que l’empathie repose sur un mécanisme cognitif neutre sans lien avec la relation qu’on entretient avec la personne qui en est l’objet.

Définitions

De nombreuses définitions sont proposées pour l’empathie, souvent confondue avec la sympathie. L’empathie implique un processus de recul intellectuel qui vise la compréhension des états émotionnels des autres, tandis que la sympathie est un comportement réflexe, de type réactif. Le chercheur Giacomo Rizzolatti, directeur du département de neurosciences de la faculté de médecine de Parme, a baptisé neurones miroirs ceux qui sont responsables du mimétisme sympathique. Ces circuits neuronaux nous font adopter l’expression de l’émotion de l’autre, ou par identification, ressentir des sentiments de même nature ou de nature considérée comme similaire. L’effet miroir souvent assimilé au retour fait par le praticien de l’empathie conduit à une certaine confusion dans les définitions. Dans les sciences humaines, l’empathie désigne une attitude envers autrui caractérisée par un effort de compréhension intellectuelle de la souffrance de l’autre, excluant tout entraînement affectif personnel (sympathie, antipathie) et tout jugement moral.

Il existe dans certains milieux ésotériques une définition magique de l’empathie. Elle y est décrite comme étant un pouvoir attaché à un hypothétique sens (non découvert par les scientifiques). L’empathe (individu possédant une maîtrise particulière de ce sens) doit donc, en théorie, effectuer un travail mental, pour arriver à détacher le plus possible son affectivité personnelle des informations apportées par ce sens, afin de pouvoir déterminer clairement les sensations des autres personnes. En pratique, l’empathe « ressent » donc en lui les émotions des autres, mais les détache intérieurement « totalement » de ses propres sensations. Ce qui différentie ce fonctionnement de la sympathie. (Si l’on croie en l’hypothèse de ce sens et dans la capacité de l’empathe à séparer son affectivité propre de celle perçu)

Ce fonctionnement ne procède pas à une analyse logique, rationnelle et objective des informations, s’opposant ainsi au fonctionnement des sciences humaines, mais on y retrouve toutefois le même effort de détachement vis à vis des sensations des autres.

Les théoriciens de l’empathie

Cette notion a fait l’objet de nombreuses réflexions de la part de théoriciens et praticiens de la relation : Carl Rogers, qui la met en application avec l’écoute dite bienveillante (ou écoute active) et de certains de ses élèves, tels Thomas Gordon, Marshall Rosenberg…

Le livre de Geoffrey Miller The Mating Mind défend le point de vue selon lequel l’empathie se serait développée parce que se mettre à la place de l’autre pour savoir comment il pense et va peut-être réagir constitue un important facteur de survie dans un monde où l’homme est sans cesse en compétition avec l’homme. L’auteur explique ensuite que le processus darwinien n’a pu que la renforcer du fait qu’il influait sur la survie, et qu’au fil du temps s’est dégagée une espèce humaine qui attribuait une personnalité à à peu près tout ce qui l’entourait. Il voit là une origine probable de l’animisme et plus tard du panthéisme.

On peut trouver une notion étendue de l’empathie dans l’ouvrage « Pratique de la Médiation » ed. ESF, de Jean-Louis Lascoux, avec le néologisme alterocentrage[1], [2]. Ce terme tend à définir, en médiation, une attitude et un comportement excluant une adhésion quelconque aux émotions exprimées par un tiers, à ne pas exprimer d’interprétation et donc, globalement, à ne pas s’identifier à l’autre : ne pas prendre pour soi ce qui n’est pas soi (inspiré de l’œuvre de Descartes. L’auteur indique qu’à la différence de l’empathie, l’alterocentrage permet cette distance par rapport à la souffrance. Le concept d’empathie implique une attitude centrée sur la souffrance énoncée, tandis que l’alterocentrage ne prend pas le parti de la souffrance : il permet le centrage sur l’interlocuteur. C’est donc un concept de distanciation excluant le parti pris sur ce qui est exprimé par l’autre : ‘ne pas prendre les mots ou les états émotionnels comme des représentations certaines de l’expérience concrète vécue’.

Exemples de formulations empathiques

Une personne dit : – Je n’aurais pas dû faire cela… Je ne l’ai pas fait volontairement Retour (effet miroir) au moyen de l’empathie : – Vous regrettez ce que vous avez fait et vous vous sentez coupable…

Une personne dit : – JB m’empêche de faire ce que je veux… Retour : – Vous éprouvez de la frustration face à JB et vous ne parvenez pas à vous affirmer…

Une personne dit : – C’était génial. J’ai passé des vacances de rêves… Retour : – Vous êtes heureux d’avoir passé ce séjour…

Les « retours empathiques » sont relativement « normés ». Il consiste à témoigner du centrage sur la personne qui s’exprime et restitue une dimension affective, en utilisant la reformulation (analogie). Ils peuvent autant être utilisés face à l’expression de sentiments positifs que négatifs.

Autrement dit, l’empathie est une pratique intellectuelle qui, par définition, s’enseigne et s’apprend.

Anecdotes

Dans le cadre du programme d’accompagnement artistique de la première ligne de tramway de Strasbourg, l’artiste américaine Barbara Kruger a créé un panneau de 18,2 sur 7,6 mètres où est inscrit en grandes lettres L’empathie peut changer le monde. Ce panneau est installé dans la station de la galerie à l’en-verre desservant la gare centrale de la ville.

L’empathie désigne également une des personnalités définie par la Process communication.

Certains prétendent que des troubles de l’autisme seraient liés à son absence, sur le principe de la théorie de l’esprit.

Littérature et cinéma

L’auteur américain Philip K. Dick a utilisé la notion d’empathie dans son roman les Androïdes rêvent-ils de moutons électriques ?. Pour distinguer les androïdes en fuite des êtres humains, le Blade runner Rick Deckard utilise un test de psychologie qui met en évidence l’absence d’empathie. Ce test s’appuie sur l’observation des réactions émotives à travers la dilatation de la pupille. Dans ce même ouvrage, certains humains accèdent à une expérience mystique de martyre par l’intermédiaire d’une boîte à empathie.

Le film « Ce que veulent les femmes » est un électrochoc et peut être regardé sous l’angle du message qu’il véhicule en matière d’empathie…

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