Cancer du sein


NEXUS N°15 juil-aout 2001 –

L’abus des mammographies :

Le nombre de cas de cancer du sein augmente dans le monde, faut-il en blâmer les mammographies aux rayons X et les nombreux composés toxiques présents dans l’environnement ?
Le message qu’exprimait le Dalaï-Lama en réponse aux nombreux problèmes de nos vies : “Le changement ne prend place que dans l’action”, pourrait facilement être notre cri de ralliement comme il aurait pu être celui des millions de femmes galvanisées partout dans le monde autour de la campagne : “Attention au cancer du sein”.

Chaque mois d’octobre depuis 1985, le symbole de cette opération, le ruban rose, est largement décliné à la télévision, dans les magazines, sur les affiches, et orne fièrement le revers des femmes. Une multitude de courses, de randonnées, de marches et autres évènements ont permis de récolter des centaines de millions de dollars dans le but de vaincre ce fléau redoutable pour la femme moderne qu’est le cancer du sein.
De grandes sociétés comme Avon, Lee Denim ou Revlon, ont rejoint les rangs, ainsi que la fondation “Race for cure” et celle de la ville de Los Angeles “Walk for hope”, alors que des célébrités se sont engagées pour promouvoir l’opération.
Chaque année aux USA, 180 000 femmes sont diagnostiquées atteintes du cancer du sein et plus de 44 000 en meurent. Le pays possède un des taux les plus élevés au monde pour cette maladie. Il y a cinquante ans, le risque qu’une femme avait de voir apparaître cette maladie au cours de sa vie, était de 1 sur 20. Aujourd’hui cette probabilité est de 1 sur 8. En clair, ce que l’on appelle la “lutte contre le cancer” n’a pas même inquiété la progression de la maladie, et sa fréquence augmente de un pour cent par an.
La devise de ce mois du cancer est : “Une détection précoce est votre meilleure protection.”bien que depuis 1995, le National Cancer Institute a établi que “le cancer du sein n’est pas une maladie que l’on puisse prévenir…” L’American Cancer Society réitéra un message similaire en 1997 en faisant l’annonce suivante : “il n’existe aucun moyen pratique de prévenir le cancer du sein autre qu’une détection précoce1.” La détection par mammographie devint par conséquent la ligne de base de toute politique de soin. Ainsi certaines vedettes participèrent à la distribution de tee-shirts qui arboraient les mots suivants : “J’ai été dépistée – et si vous preniez juste rendez-vous avec votre centre de radiographie…”
Alors rassemblons-nous, agitons notre petit ruban rose et enfilons nos chaussures de sport pour participer aux marches, d’accord ? Mais avant que vous ne soyez emportés par la frénésie émotionnelle de cet appel aux armes, il est certaines choses que vous devez savoir.

Il y a cinquante ans, le risque qu’une femme avait de voir apparaître cette maladie au cours de sa vie, était de 1 sur 20. Aujourd’hui cette probabilité est de 1 sur 8. En clair, ce que l’on appelle la “lutte contre le cancer” n’a pas même inquiété la progression de la maladie, et sa fréquence augmente de un pour cent par an.

Conflits d’intérêt

Le sponsor essentiel, et le principal organisateur en 1985 de ce mois- évènement est le laboratoire Zeneca Pharmaceuticals, rebaptisé depuis AstraZeneca. C’est la société qui fabrique le médicament largement prescrit et très controversé contre le cancer du sein : le tamoxifen. Toutes les annonces de promotion pour l’évènement, dans les médias audiovisuels et écrits, sont financées et approuvées par AstraZeneca. Il est moins bien connu que cette société fabrique aussi des herbicides et des fongicides. Un de ces produits, le pesticide organochloré, l’acetochlor, est impliqué en tant que facteur causal du cancer du sein. Son usine chimique de Perry en Ohio a vomi dans l’atmosphère 25 tonnes de produits reconnus cancérigènes en 1996 (2).
Lorsqu’il s’agit d’envisager les substances cancérigènes présents dans l’environnement au travers des pesticides, herbicides, plastiques et autres produits chimiques, un silence assourdissant se fait au sein de l’opération du mois “Attention au cancer”.
L’accroissement du nombre de ce type de cancer est-il seulement une énigme ? Ou bien la focalisation sur les moyens de traitement en a-t-elle ignoré la cause ? Si le fait que les produits et les usines de Zeneca contribuent directement à l’épidémie de cancer du sein était connu, cela nuirait certainement à leur campagne de relations publiques. Il y a longtemps, quarante années environ, que les experts prédisent la hausse du nombre de cas de cancer en s’appuyant sur l’explosion de l’utilisation de produits chimiques de synthèse. De 1940 au début des années 80, la production de ces derniers a été multipliée par 350.
Des milliards de tonnes de composés qui n’existaient pas jusqu’alors furent relâchés dans l’environnement. Seuls 3 % des produits utilisés ont été testés pour leur fiabilité. Ces bombes toxiques à retardement sont partout, dans l’eau que nous absorbons, dans l’air que nous respirons, dans la nourriture que nous avalons. Elles se retrouvent également sur les lieux de travail, dans les écoles, dans nos produits de nettoyage ménagers, cosmétiques et produits d’hygiène. Les femmes qui résident près d’une déchetterie ont un taux de cancer 6,5 fois plus élevé3.
Une étude conduite par le docteur Mary Wolf de l’hôpital du Mont Sinaï de New York, a mis en évidence que les femmes atteintes du cancer du sein présentaient un taux quatre fois plus élevé de DDE (composé dérivé du pesticide DDT), que celles atteintes de tumeurs non malignes4.
Une autre étude s’est attachée à découvrir pourquoi les femmes d’un niveau socioculturel élevé de la communauté de Newton au Massachusetts étaient plus souvent victimes du cancer du sein que celles appartenant aux couches moins favorisées5. Les chercheurs conclurent en attribuant cette différence au recours aux services de blanchisseries et de lavages à sec qui emploient des cancérigènes connus. Le lien entre pesticides et cancer du sein fut éclairé de façon éblouissante par la recherche menée en Israël. Celle-ci mit en évidence l’augmentation du nombre de cas d’une douzaine de cancers lors d’une dizaine d’expérimentations sur des souris nourries avec des produits d’alimentation courante dans lesquels étaient présents des pesticides organochlorés.

Après que l’opinion publique israélienne, en 1978, ait poussé le gouvernement à interdire l’emploi de l’hexachlorure de benzène, du DDT et du lindane, le taux de mortalité liée au cancer du sein a régulièrement décru en 25 ans, baissant de près de 8 % pour toutes les générations, et de plus d’un tiers chez les femmes de 25 à 34 ans en 1986.

Publicités

Commentaires fermés

%d blogueurs aiment cette page :