Les maladies chroniques

Comment survit l’essentiel
en espérant son accomplissement

Chaque être qui vient sur terre espère, et « l’espérance » est bien le mot essentiel de notre existence, chacun souhaite vivre sa vie, s’épanouir, s’accomplir, être soi-même pleinement.
Dans ce chemin plein d’obstacles et de difficultés, l’être que nous sommes va trouver des solutions pour s’adapter et sauvegarder ses espérances d’épanouissement.
Face à une situation difficile à vivre, nous mettons en place un mode d’adaptation, ce que l’on appelle aussi une croyance. Par exemple : si je vis mal la séparation, je peux me dire qu’elle ne doit pas faire partie de la vie et que je dois tout faire pour l’éviter. Cela m’évitera la souffrance et surtout l’idée bien plus difficile à vivre, que l’on me quitte car l’on ne m’aime pas, car je ne suis pas aimable.
En pensant qu’il faut éviter la séparation à tout prix, j’obtiens immédiatement deux bénéfices. J’évite la souffrance de la séparation, et je me protège d’une crainte encore plus grande, celle de ne pas être aimé.
Cette croyance qui m’a fait du bien, je vais l’appliquer partout et dans tout ce que je vis. Elle représentera même un à priori, un préalable à la manière dont je vis et vois la vie.
Cela représente en quelque sorte une lunette déformante que j’applique sur la vie. Je finis même par croire que ce que je vois à travers ces lunettes “ est ” la vie. Pourquoi ne le penserais-je pas alors que cela m’a fait tant de bien et évité tant de souffrances ! Grâce à cela aussi, je suis sûr d’être aimé ou aimable.
Mais cette lunette déformante crée une déformation sur la vie. Et c’est bien là le problème. Je ne vois plus la vie comme elle est et c’est là le début de la maladie.

Samuel Hannemann, le créateur de l’homéopathie l’a très bien exprimé : « la maladie commence à l’instant où l’on justifie par l’extérieur le malaise intérieur ».
Ne réagissant pas en rapport avec la réalité mais avec l’idée que je m’en fais, mes réactions ne sont pas adaptées au réel et sont source de dysfonctionnement. Du dysfonctionnement, on passe au symptôme, puis à la maladie.
Si la crainte est la séparation, la maladie de base dans l’enfance pourra être l’eczéma, l’otite, ou la bronchiolite. Adulte cela pourra être une polyarthrite.

Le choix entre une maladie ou une autre dépend du ressenti personnel et du vécu fin de la situation. Cela nous introduit à la finesse de réaction qui demande une attention à la fois attentive et libre pour comprendre le cheminement de chacun.
Et voilà la mise en place de la maladie.

Mais la nature, notre nature a plus d’un tour dans son sac pour nous aider à affronter cette difficulté et les modalités que nous avons mises en place pour survivre et nous adapter. Ces solutions, ce sont les malaises et les maladies.
Elles sont comme une conscience interne qui tente en permanence de nous ramener à nous-même quand pour ne pas souffrir et nous adapter, nous nous en écartons trop.
Elles portent en elle une infinie sagesse de ce qui est juste pour nous et l’essence de notre être.
Jung l’avait si bien dit dans son « vous ne guérirez pas de vos maladies, ce sont vos maladies qui vous guériront ».
Il y a ainsi en nous une sagesse profonde qui tend perpétuellement à nous ramener sur notre chemin. C’est là le mystère de la maladie que de porter cette sagesse.
Khalil Gibran résume bien cela dans « dans la profondeur de vos espérances, repose votre secrète connaissance de l’au-delà ».

Ces maladies sont de plusieurs types et nous avons en quelque sorte plusieurs lignes de défense et d’adaptation pour redresser la situation face à l’épreuve de la réalité.

Les maladies aiguës représentent la première ligne d’adaptation.
La première possibilité de réaction de notre organisme.
L’objectif de la maladie aiguë est de nous ramener en une fois vers l’équilibre.
C’est pourquoi il faut leur accorder la plus grande place et les favoriser dans toute la mesure du possible et du viable.

Les maladies infantiles, et infectieuses, rhinos, otites, maladies obligatoires, etc., sont pour nous un excellent moyen d’évacuer un travers de fonctionnement qui pourrait devenir une mauvaise croyance.
Les maladies obligatoires sont les jokers fondamentaux de ces mutations. Tout parent sait, ou peut faire l’expérience qu’une fièvre fait grandir physiquement et psychologiquement, que son enfant est devenu d’un seul coup beaucoup plus mûr et autonome après sa rougeole, et que les sautes d’humeurs affectives se sont gommées depuis la varicelle.
L’organisme a appris des moyens d’adaptation et l’immunité (l’unité de « imm », c’est-à-dire soi) s’est renforcée. Dans nos codes de fonctionnement psychique, biologique et immunitaire, nous avons appris d’autres moyens d’adaptation qui nous permettent de voir la vie comme elle est, d’accepter la réalité et de passer au-dessus de la souffrance que cela représente.
Ces maladies sont connues pour éviter la survenue d’allergies, d’asthme et de maladies chroniques.
Les diarrhées chroniques des enfants sont souvent un mode de refus aigu et durable d’une situation ou d’une croyance familiale.
L’agitation, l’hyperkinésie et l’agressivité sont aussi des témoins d’alerte du même ordre.

Au terme de cette première ligne, certaines maladies vont passer à la chronicité, preuve de la solution imparfaite.
Mais d’autres aspects non encore guéris vont persister sans pour autant donner de maladie. Nous « tournerons en quelque sorte avec eux ».
Cela va représenter notre vision du monde.
La vie va nous mettre à l’épreuve de la réalité pour tester notre capacité d’adaptation.

Entre maladie aiguë et maladie chronique se trouve tout un espace. Celui de l’adaptation et de la désadaptation.

Les situations de désadaptation représentent la deuxième ligne.
Bon an mal an, nous arrivons à l’âge adulte ou au moins à l’adolescence.
Là, l’organisme va mettre en place toute une série de maladies “entre maladie et guérison” qui vont traduire un mal-être sans que cela représente des maladies graves installées. Ce sont des situations de désadaptation.
Prenons quelques exemples :
Les allergies sont des témoins d’un conflit ancien qui n’a pas été résolu. Ce sont des modes d’accès rapides à des réactions de refus face à des situations que l’on ne peut supporter, mais dont nous n’avons pas conscience. Nous avons perdu la mémoire des faits si tant est que nous ne l’ayons jamais eue. Mais l’organisme sait bien que quelque chose ne nous va pas. Il réagit de façon réflexe et codée.
Le but des allergies est de nous faire réagir et de nous protéger d’une situation que nous ne pouvons nommer consciemment, mais qui ne nous va pas. Une sorte de boucle courte, de réaction rapide

La spasmophilie correspond à la situation du manque d’amour qui s’ignore. Je manque de quelque chose, mais je ne sais pas de quoi je manque, car comment savoir que l’on manque de quelque chose que l’on ne connaît pas. Car l’amour, non pas en théorie, mais concrètement, est un vécu inconnu. La seule chose perçue est le manque.

La mononucléose se manifestera quand nous nous trouvons face à une situation ou nous sommes incapables de prendre une décision de type adulte sexué. Par exemple ; un choix amoureux, la décision de s’engager dans le mariage, ou de décider consciemment de faire des enfants.

La drogue, sous toutes ses formes, fait partie de la même phase. Je mets là, bien sûr, les drogues au sens classique, mais aussi toutes les addictions : alcool, tabac, chocolat, sucreries, travail, sport à tout prix, séduction, perversions, émotions fortes, politique, idéologies diverses, pensée positive forcenée…

La dépression. fait intégralement partie de cette catégorie. Elle représente une chance extraordinaire de remettre en question et de réformer notre vision du monde, et de revenir ainsi à plus d’équilibre et de vérité personnelle. Bien que ses chemins puissent être difficiles et tortueux, la dépression doit être considérée avant tout comme une chance à respecter et accompagnée.
Elles apparaît au moment où l’organisme ne peut plus, ne sait plus, ne veut plus mettre la pression pour aller vers l’objectif auquel au fond il ne croit plus, même s’il n’en est pas conscient ou ne veut pas le reconnaître. Le mouvement s’arrête comme pour marquer le refus qu’a notre secrète connaissance d’aller plus loin, dans une voie qui n’est pas la nôtre. Période très difficile à vivre, mais surtout
une extraordinaire chance de ne pas entrer dans les maladies chroniques.

Les insomnies sont aussi des témoins qui s’allument dans notre vie. Une information que nous donne notre inconscient sur un désaccord avec nous-même. Cet inconscient qui veille sur nous toutes les nuits et nous parle au quotidien par les rêves.

Les migraines représentent aussi un témoin caractéristique de désadaptation. La pression personnelle sur soi-même, venant de soi-même ou des autres, n’est plus supportable. L’organisme a besoin de régulièrement s’échapper dans des phases résolutives douloureuses, mais qui représentent des soupapes de sécurité.
La fatigue chronique traduit bien le fait de ne pas savoir choisir son chemin ou de ne pas être dans le juste chemin.

La fibromyalgie, la sarcoïdose, la myasthénie, sont des formes plus avancées de maladie de désadaptation avec des problématiques différentes.
Il existe encore de nombreuses autres maladies qui nous permettent de nous adapter dans cette deuxième chance.

En conclusion ; Le but des maladies aiguës est de résoudre la désadaptation au réel et de donner à l’organisme des solutions immédiates ou rapides. Elles nous permettent de nous constituer. Elles réalisent notre identité et assurent notre autonomie.

Les maladies de deuxième ligne, de non-adaptation, de désadaptation permettent de continuer la quête de notre identité sans pour autant entrer dans une maladie grave.

Mais, à un moment, les possibilités faciles de guérison sont épuisées ou n’ont pu atteindre leur but et là commence la maladie chronique.

La maladie chronique représente la troisième ligne… et souvent la dernière.

Les lunettes déformantes n’ont pu être enlevées et il va falloir « vivre avec », et avec toutes les conséquences que cela va produire. Survient alors la maladie chronique.
– Elle exprime la difficulté rencontrée, en la somatisant pour nous aider à la ramener secondairement à la conscience.
– Elle nous permet de continuer à vivre, tout en nous adaptant à la difficulté.
– Elle se manifeste selon un code à la fois physiologique et symbolique.
– Elle reste présente pour nous rappeler la difficulté à résoudre.
– Elle nous indique la voie à suivre, comme un fil à remonter, ce que nous pouvons faire en décodant nos symptômes, pour retrouver la voie de nous-même, quand cette voie peut paraître ignorée ou perdue.
– Elle nous montre que l’essentiel survit toujours en nous en espérant son accomplissement. Même de façon codée. La vie n’a qu’un but: c’est de s’accomplir.

– 1 – Revenons à notre exemple de peur de vivre la séparation.
– S’il y a, à la fois, désir et crainte de séparation, envie d’autonomie et peur d’être oublié, la maladie qui pourra s’installer pourra être le psoriasis. Il y a là à la fois problème de séparation et problème d’héritage qui se télescopent (voir le chapitre psoriasis dans le livre “ histoire de vie “).
– Si ce qui est craint dans la séparation, c’est la perte du contact, de la possibilité d’exprimer ses émotions et ses affections dans la possibilité d’atteindre et de caresser. Alors, la zone touchée, au départ, sera la main qui caresse, puis toutes les articulations qui permettent de rejoindre l’être aimé. La manifestation pourra être une polyarthrite.
Notons l’humour et la cohérence de la vie. Les rhumatologues font le diagnostic de polyarthrite par un test au latex. Le latex, c’est du caoutchouc, des élastiques. Comme si cela traduisait le désir de tenir ceux que l’on aime près de soi avec des élastiques.

– 2 – Prenons un autre exemple. J’ai été élevé(e) dans une famille où “les gens” ont du mal à exprimer leurs sentiments, où il est souvent plus important d’avoir le dernier mot que de montrer ses vraies émotions. La possession et la force l’emportent souvent sur l’expression de l’amour avec sa faiblesse et sa vulnérabilité. Tout se fait en pression. Je vais finir par penser que la vie c’est cela. Car si je pensais que la vie est autre, que l’amour est autre, cela signifierait que peut-être je ne suis pas vraiment aimé(e). Cela se manifesterait aussi sûrement par une difficulté à faire passer mon message en douceur, dans une famille où tout se fait en force. Dans tous les cas, je pense que la seule solution à la vie, c’est cette manière forte de faire. C’est la croyance déformante.
Dans ce cas, je risque de développer une maladie chronique qui pourra être une hypertension artérielle. J’ai besoin de mettre la pression face à la résistance à l’amour. Mais, au fond, je n’ai pas fait l’expérience du pouvoir de l’amour. Une vision avec un amour interdit.

– 3 – Envisageons enfin la situation de la sclérose en plaque ou SEP.
Dans cette maladie, il n’y a pas une ou plusieurs croyances déformantes, mais c’est l’ensemble des croyances qui est en jeu. Chaque être met en place, tout au long de son enfance et de son adolescence, tout un système de croyances qui constitue sa “vision du monde”. Quelle qu’elle soit, elle lui est propre. Elle vaut ce qu’elle vaut, mais c’est la sienne.
Dans la SEP, l’être n’a pas pu mettre en place sa propre vision du monde, il a adopté celle d’un(e) autre, de sa famille, de son clan. L’être a totalement renoncé à sa propre vision du monde dans le seul but d’être aimé.
La vie, dans ses maladies aiguës de l’enfance, nous a pourtant donné de nombreuses chances de réformes mais qui ici n’ont pas atteint pleinement leur but.
La rougeole, qui est une des maladies où l’on se réapproprie les modes de perception de la vie, est statistiquement une maladie immunisante face à la SEP. L’adolescence, qui est aussi une grande phase d’épuration, n’a pu faire pleinement son travail.
Le fait est que, quand l’individu entre dans la vie adulte, il fonctionne avec un plan de vie qui n’est pas le sien. Mais, surtout, et c’est la clef de la SEP : il ne le sait pas. Il est convaincu que ce mode de fonctionnement est le sien, il l’a totalement intégré comme si c’était le sien. Il a en quelque sorte perdu la mémoire de son propre désir.
Lors de la mise en route du système, face à cette inadaptation, les fusibles du «tableau de fusibles» sautent. Les gaines des câbles grillent et c’est le début de la SEP. La maladie s’autovérouille assez rapidement dans la non-compréhension de sa cause et l’être, en appliquant une notice qui n’est pas la sienne, fait sauter un par un tous ses fusibles jusqu’à rendre les dégâts irréversibles. Le malade finira par se contenter des bénéfices secondaires et perdra encore davantage le chemin de la guérison.
S’il est donné de pouvoir prendre conscience de son propre plan de vie, la SEP, surtout au début, peut, contrairement aux idées préconçues, se guérir assez facilement.
La paralysie de la SEP traduit symboliquement le refus profond de fonctionner dans une voie qui n’est pas la sienne. Elle est la seule mémoire restante de ce que l’on a oublié. Le seul moyen de dire : « non je ne suis pas ça ». La dernière et terrible sagesse. Elle donne un message de guérison très clair : « c’est clair, ose ». Etre toi-même.

La maladie d’alzheimer peut même être considérée comme la grâce de l’oubli face à une vie qui se termine (voir ce chapitre dans le livre “ histoires de vie “)

Voilà la fin de ce petit tour dans les maladies chroniques. Ou comment ce qui est en nous s’adapte aux difficultés de la vie, au travers des croyances et des obstacles. La maladie cherche à nous guérir de ce que nous ne sommes pas pour nous aider à être ce que nous sommes. Car toujours l’essentiel survit en espérant et en travaillant à son accomplissement.

Olivier Soulier.

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