Ordalie

L’ordalie (du vieil anglais ordal et du germanique urthel, « jugement », qui ont survécu respectivement dans les actuels ordeal et Urteil) est un mode de justice, aussi appelé jugement de Dieu. C’est un mode de jugement religieux très ancien.

Définition

Concrétement, l’ordalie consiste à faire passer à l’accusé des épreuves physiques diverse dans le but de démontrer la justesse de sa cause. Ceci sous le regard de la divinité tutélaire de la justice, qui par définition ne peut pas laisser périr l’innocent ou triompher l’injustice. L’ordalie inclut le duel judiciaire, où l’épreuve implique les deux parties. Le jugement est un va-tout, impliquant généralement la disparition d’une des parties (l’accusé ou l’accusateur).
Consistant en un appel direct à la divinité instituant et gardant l’ordre suprême, il s’agit probablement du mode de justice d’origine, le plus ancien et le plus primitif : c’est ce qui fait sa légitimité par rapport aux procédés formalisés et bien moins violents apparus ultérieurement (sans doute en réaction à l’extême violence de l’ordalie). Mais lorsque la justice humaine ne s’applique pas (faute de preuves et de témoignages, parce que le litige a une nature magique, ou encore en présence d’un conflit international pour lequel il n’existe pas de recours judiciaire), l’ordalie revient.
Le procédé est attesté dès les premiers temps historique (dans le code d’Hammourabi, mais sans le duel judiciaire), et présent dans les mythes préhistoriques. Il est également attesté au Moyen Âge européen.
L’ordalie est apparentée à d’autres rituels consistant en une prise de risques arbitrés par le destin : exposition de nouveaux-nés, combats singuliers opposant des champions pour décider d’une bataille, etc.
Il y a deux sorte d’ordalie. L’ordalie unilatérale et l’ordalie bilatérale.
Dans l’ordalie unilatérale, c’est à l’accusé de prouver son innocence par le biais d’une épreuve sous le regard de la divinité. Au Moyen Âge il y avait différentes épreuves pour  » prouver  » l’innocence ou la culpabilité d’un accusé.
• L’épreuve par le fer rouge consistait à forcer l’accusé de tenir la barre au fer rouge ensuite on bandait la main. Pour savoir si l’accusé était coupable ou innocent on regardait quelques jours plus tard ‘évolution de la plaie. Si la plaie était  » belle  » donc bien cicatrisée cela prouvait son innocence, dans le cas contraire une vilaine plaie prouvait sa culpabilité.
• L’épreuve du chaudron bouillant, variante de celle de l’épreuve du fer rouge. Il s’agit en fait de bouillir de l’eau dans un chaudron et d’y plonger un caillou. L’accusée devait plonger son bras dans le chaudron et ramener le caillou. Là aussi on bande le bras brûlé et on vérifie l’état de la plaie quelques jours plus tard.
• L’épreuve de l’eau glacée. L’accusé était plongé dans une eau glacée bénite, s’il coulait au fond c’est qu’il était  » reçu  » par l’eau bénite et donc était innocent (parfois il se noyait faute d’avoir pu remonter à la surface), si le corps flottait cela prouvait sa culpabilité.
L’ordalie bilatérale se réglait par un duel (combat). Le choix des armes étaient en fonction du rang et de la classe sociale de l’individu. Les nobles seuls pouvaient se battre à l’épée et à la lance.

Historique européen

En Europe, ce mode de jugement est formalisé à l’époque franque sous la forme de duel judiciaire et fut utilisé jusqu’au milieu du Moyen Âge (1258 en France). À cette époque la justice était tenue par chaque seigneur sur son territoire, qui déléguait généralement à un prévôt accompagné d’une cour féodale (tribunal féodal appelé malus). Il y avait comme aujourd’hui plusieurs degrés de juridiction, plus précisément deux : le 1er degré était le tribunal féodal et la cour d’appel était la cour du suzerain (seigneur supérieur).
L’ordalie a un caractère religieux et magique très marqué, mais en un sens pré-chrétien, et associé à une extrême violence ; en outre, d’un point de vue théologique l’ordalie représente un test de la bonté divine, ce que la Bible condamne sans appel. C’est ce qui explique que l’Église fut clairement défavorable à ces ordalies, préférant de loin le serment. Le Concile de Valence condamne ainsi le duel judiciaire dès 855.
Le duel judiciaire apparaît dès le VIe siècle chez les Burgondes, puis chez les Francs. Il reste relativement rare avant l’an mil. Ce duel judiciaire se pratiquait en présence du roi ou de l’autorité territoriale concernée. Des champions, spécialistes du combat, représentaient le camp des plaignants.
Le duel judiciaire n’est pas la seule méthode d’ordalie. On assiste même à une multiplication des épreuves à partir du Xe siècle : du fer rouge à l’eau glacée. Ces différentes épreuves sont interdites en France dès le XIe siècle sous l’influence des institutions de paix mises en place sous l’influence de l’Église. Seul le duel judiciaire subsiste encore quelques temps jusqu’à son interdiction en France par Saint Louis en 1258. Avant cette date, le Concile de Latran (1215) avait rappelé la condamnation de l’Église vis à vis de cette pratique. Saint-Louis remplace le recours à l’ordalie par le serment et le témoignage oral. C’est la base de la justice moderne. On notera toutefois la tenue de quelques duels judiciaires tardifs en France jusqu’au règne de Philippe le Bel.
Attention à ne pas confondre l’ordalie avec l’inquisition.
Représentations modernes
De nombreux romans et films de cape et d’épée ont rendu populaire le jugement de Dieu sous forme de duel, qui aboutit toujours à la victoire du bien (droit et juste) sur le mal (fourbe et lâche).
Dans leur film Sacré Graal, les Monty Python décrivent, avec un humour décapant, la logique magique qui se cache derrière le concept d’ordalie : un raisonnement en cascade abscons aboutit à condamner une femme comme sorcière parce qu’elle pèse le même poids qu’un canard !

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