Un film évènement pour éviter le naufrage

ENVIRONNEMENT – «Le syndrome du Titanic», coréalisé par Nicolas Hulot, sort ce mercredi en salle….

L’humanité continue de danser alors qu’elle coule. Voilà pourquoi Nicolas Hulot a baptisé son film choc, qui sort en salle ce mercredi, Le Syndrome du Titanic. Les clochards de Los Angeles, les décharges de Lagos, les embouteillages sur les échangeurs routiers, les clandestins qui franchissent les barbelés aux frontières, la frénésie autour de la sortie de l’iPhone au Japon : l’animateur de TF1 pointe sa caméra non plus sur la beauté de la planète mais sur les excès de notre civilisation. Il en résulte un film catastrophe, au ton alarmiste, destiné à créer l’insurrection des consciences.

Un anti-«Ushuaïa», en somme. «C’est davantage un appel à la raison et un acte politique qu’un documentaire sur la crise écologique», annonce le journaliste, qui a songé un temps à se lancer dans la course à l’Elysée en 2007.

Changement de cap radical

Rien à voir donc avec le travail d’Al Gore (Une vérité qui dérange) ou de Yann Arthus-Bertrand (Home). Nicolas Hulot ne se contente pas d’un diagnostic, il préconise un changement de cap radical du navire. L’heure de fermer le robinet, trier ses déchets, rouler à vélo est dépassée: «Ces gestes sont nécessaires, mais il faut changer d’échelle.»

Son message, aux accents altermondialistes – au sens de «pour un autre monde» -, est teinté de bon sens: puisque les ressources de la planète Terre ne sont pas inépuisables, la décroissance est inéluctable. Alors autant l’anticiper et nous y préparer dès maintenant. Sans quoi les crises écologiques, économiques et sanitaires actuelles, qui sont liées entre elles, ne sont que des vaguelettes précédant le tsunami. Il appelle l’humanité à revenir à plus de sobriété dans son mode de vie, sans préciser comment faire concrètement. Nicolas Hulot espère susciter un débat, tant au niveau des citoyens – des projections sont prévues dans des collèges – que des élites. En France, et pourquoi pas en Europe. Vaste projet.

Laure de Charrette – Source :  20 minutes.fr

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ENVIRONNEMENT – «Le syndrome du Titanic» sort ce mercredi en salle. Interview…

Pourquoi avoir choisi de vous exprimer au cinéma et non à la télé où vous auriez pourtant touché plus de monde?

Le cinéma apporte une dimension émotionnelle incomparable. Ça pénètre plus durablement. Les spectateurs du Syndrome du Titanic pourront voir cette fameuse réalité que je supplie de regarder en face. Ce n’est qu’un film, et il ne faudrait pas surestimer ses vertus.

Pourquoi ne pas jouer plus sur le registre de l’émotion?

Pourtant, j’ai vu vu beaucoup de gens sortir en larmes lors d’avant-premières. Comment pouvez-vous prétendre ne pas être ému par cette femme qui vit depuis vingt-deux ans dans sa voiture ? En revanche, nous n’avons pas cherché des images trash. Nous avons préféré privilégier une banalité que je qualifierais d’affligeante. C’est ça qui fait la force du film.

Et pourquoi ne pas essayer de manier l’humour, comme Michael Moore?

J’en ai, de l’humour, dans la vie de tous les jours, mais on a préféré jouer sur les contrastes. Sur ces inégalités qui ont toujours existé, mais qui, parce que leurs images circulent dans le monde entier, deviennent obscènes. A l’exclusion, on ajoute désormais un élément explosif qui est l’humiliation. Il va bien falloir trouver une solution car aucun mur ne nous protégera éternellement de la convoitise que crée notre mode de société.

Qu’attendez-vous du public? Et des décideurs politiques?

La remise en cause de l’idée de croissance illimitée. Vouloir apporter des réponses technologiques, économiques ou politiques aux crises que nous traversons, sans essayer de comprendre à quels moments nos actions ont échappé à nos intentions, ça ne suffit plus. Le mot «décroissance sélective» que j’utilise fait bondir certains. Mais nos ressources s’épuisent. Plus elles vont devenir rares, plus les conflits vont s’intensifier. Alors tâchons d’organiser ensemble la transition. La croissance est-elle tenable ? Non. C’est du bon sens!

Quand le cap doit-il être changé?

Maintenant! L’ampleur des crises de demain se détermine aujourd’hui. Et ce n’est pas le petit Nicolas Hulot qui vous le dit mais tous les rapports des institutions: c’est en fin d’année que l’humanité entrera dans l’irréversible ou pas. On pourrait ne pas le dire, pour ne pas effrayer les gens, mais on nous reprocherait aussi de ne pas l’avoir dit assez tôt.

Vous êtes sponsorisé par la SNCF ou encore EDF. N’y a t-il pas là un paradoxe?

Je ne diabolise pas le monde économique, je combats ses excès. Je vais chercher l’argent où il est. Mais c’est un mécénat qui ne contraint pas ma liberté de parole.
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