Expériences paranormales : difficile d’en parler

juillet 17, 2011

Source :  http://www.psychologies.com

Communication avec les défunts, sorties de corps, télépathie… Pas simple, pour ceux qui vivent ces phénomènes, d’oser la confidence sans craindre d’être pris pour des fous. Un groupe de psychologues propose de les écouter sans les juger.

Sylvain Michelet

Il y a vingt ans, après une chute accidentelle, je me suis soudain retrouvé hors de mon corps, observant depuis le plafond les gens qui s’affairaient autour de moi. Ensuite, ma vie a défilé devant mes yeux, j’ai eu l’impression d’entrer dans un tunnel sombre, débouchant sur une lumière bienfaisante… et j’ai réintégré mon corps ! » Il a fallu des années à Jérôme, 35 ans, cadre dans une grande organisation internationale, pour accepter de raconter ce qu’il appelle sa NDE (near death experience, « expérience de mort imminente »).

« Quand j’en ai discuté avec le médecin qui m’a réanimé, elle m’a dit que c’était le contrecoup du choc ou un délire provoqué par la production d’un cocktail anarchique d’hormones et de neurotransmetteurs qui se manifeste lors de certaines syncopes. J’ai eu beau rétorquer que cela n’expliquait pas comment j’avais pu la voir en train de me réanimer comme si j’étais un simple spectateur, ni comment je pouvais décrire cette scène en détail, elle n’a rien voulu entendre et m’a donné des tranquillisants. » Jérôme a donc préféré se taire – et garder pour lui les « sorties de corps intempestives » qu’il a vécues ensuite : « Au début, j’ai eu peur et j’ai tout fait pour les ignorer en me plongeant dans mes études, confie-t-il.

Comme les crises revenaient environ une fois par an, je suis allé voir un psychiatre. J’ai eu le malheur de mentionner que j’avais l’impression, dans ces moments-là, de me “projeter” dans un objet proche – par exemple, un arbre –, et de pouvoir ressentir ce qu’il percevait. Le psychiatre m’a demandé si je me droguais ! Puis il m’a prescrit des anxiolytiques, tout en me prévenant contre un désir inconscient de toute-puissance, possible précurseur d’une dissociation de ma personnalité. Je suis sorti de là terrifié, me voyant déjà schizophrène à l’asile. » Depuis, la réussite de sa carrière a rassuré Jérôme sur sa santé mentale, mais il continue à redouter le retour de ses « crises ».

L’étrange dérange

Si ces expériences sont souvent douloureuses à vivre, c’est parce que, selon notre conception de la réalité, elles ne peuvent tout simplement pas exister. Il se produit alors, chez les témoins, ce que la psychologie appelle une « dissonance cognitive » : entre croire ce qu’ils ont vécu et croire la science qui affirme que c’est impossible, que choisir ? Le dilemme peut être si fort qu’il provoque chez certains une perte de repères que John E. Mack, professeur de psychiatrie à l’école de médecine de l’université Harvard, aux États-Unis, qualifiait de « choc ontologique » – antichambre de la vraie folie. Pourtant, « les expériences extraordinaires arrivent plus fréquemment qu’on le croit, estime Patrick Clervoy, auteur des Psys en intervention (Doin, 2009), chef du service psychiatrie de l’hôpital d’instruction des armées Sainte- Anne, à Toulon. Mais, comme les chocs traumatiques, elles laissent aux gens l’impression qu’ils ne pourront jamais en communiquer la force et la teneur, qu’il faut les avoir vécues pour comprendre . Or, elles demandent, comme les chocs traumatiques, à être intégrées psychiquement, via un récit ». Encore faut-il que quelqu’un écoute ! Mais plus l’expérience est étrange, plus elle dérange nos esprits cartésiens, et moins l’écoute est au rendez-vous. Au malaise qu’elle provoque, s’ajoute alors la douleur de ne pouvoir être entendu.

Créé il y a deux ans, l’Institut de recherche sur les expériences extraordinaires (Inrees) propose de pallier ce manque d’écoute. « Le débat entre ceux qui croient à ces phénomènes et ceux qui n’y croient pas est stérile, affi rme son fondateur, Stéphane Allix, ex-reporter de guerre, auteur de La mort n’est pas une terre étrangère (Albin Michel, 2009). Les preuves que les uns pensent apporter sont rejetées par les autres au nom des théories classiques en vigueur. Notre ambition est de fédérer des professionnels de santé, pour offrir à ceux qui vivent ces expériences un cadre leur permettant d’être écoutés dans leur dimension essentielle : la dimension humaine. »

Car il ne s’agit pas de nier que ces phénomènes puissent être liés à des troubles psychiques bien réels. « C’est précisément pour cette raison qu’il faut écouter d’abord, sans idée préconçue », explique la psychologue et psychothérapeute Isabelle de Kochko, qui étudie, à l’Inrees, les phé no mènes de hantise et de possession. Si les « sorties de corps » de Jérôme ont été diagnostiquées comme présageant une possible schizophrénie, la communication avec un défunt peut facilement être confondue avec une psychose ou un deuil morbide, la possession avec une paranoïa ou un désordre de personnalités multiples – comme le rappelle le sociologue Paul Bernstein dans le premier chapitre du manuel de l’Inrees (encadré p. 98). Quant à la télépathie, la voyance ou la précognition, elles peuvent être prises pour des troubles bipolaires (les troubles bipolaires se traduisent par une oscillation perpétuelle entre un pôle dépressif et un pôle d’hyperexcitation).

Une prise de distance

Seule une écoute attentive permet d’éviter ces diagnostics précipités, en observant la façon dont la personne relate son expérience : en présente-t-elle le souvenir avec l’émotion qui devrait lui être liée ? Cherche-t-elle à tout prix à convaincre ? Vit-elle son quotidien de façon sensée ? L’écoute sans jugement, l’ouverture d’esprit, la prise de distance face à nos a priori permettent au témoin de faire un lien entre son expérience et un éventuel trouble psychique, et d’en tirer un bénéfice personnel. « C’est un moment pathologique, pas une pathologie, souligne la psychologue et psychanalyste Djohar Si Ahmed, auteure de Comment penser le paranormal (L’Harmattan, 2006). Il peut se révéler constructif s’il est bien intégré, car il n’affecte pas la personnalité. »

Ariane, ostéopathe de 26 ans, qui a des visions depuis son adolescence, le confirme. « Les premières fois, j’ai eu très peur, raconte-t-elle, mais quand j’ai vu les réactions de ma famille – silence, regards fuyants… –, j’ai compris que je ne pouvais en parler qu’à très peu de gens. » Plus tard, Ariane s’est découverte capable de percevoir les douleurs physiques d’autrui. « Mais ce n’est qu’aujourd’hui, diplôme en poche et plus sûre de moi, que je commence à explorer ce qui est peut-être un don de guérisseuse », déclare-t-elle. La rencontre de personnes ayant vécu des expériences semblables et de chercheurs apportant différents schémas d’explication la conforte dans cette voie.


Je sais que mon fils est vivant

Directeur artistique, Christophe a perdu l’un de ses deux fils, mort à 16 ans dans un accident. Les signes étranges survenus alors ont bouleversé son esprit rationnel, mais ses proches ne l’ont pas compris.

« Trois jours après la mort d’Antoine, j’ai aperçu une petite boule lumineuse qui brillait au-dessus de mon lit. Je suis plutôt rationnel et, à l’époque, je cultivais ce que l’on pourrait appeler un “matérialisme indifférent” : Dieu, l’au-delà, la communication avec les morts et les phénomènes de ce genre me semblaient inconcevables. Mon fils était mort, point final. Ce matin-là, j’ai quand même vérifié les rideaux, la fenêtre… J’étais trop effondré pour m’étonner, m’inquiéter ou même réfléchir. Je me suis rendormi.

Le premier choc dans mes convictions est survenu trois mois plus tard. Toujours aussi malheureux, ma femme et moi étions dans la chambre d’Antoine quand j’ai reçu deux coups derrière la tête. J’ai regardé derrière moi en disant : “On m’a frappé !” “C’est peut-être Antoine”, a lancé Marianne. “Peut-être”, ai-je répondu, et on en est resté là. Croyante, quoique non pratiquante, Marianne lisait des livres sur l’après-vie, et je commençais probablement, inconsciemment, à accepter cette idée : elle adoucissait ma peine et avait le mérite d’apporter une explication – d’autant plus envisageable que ce geste “collait” avec la personnalité très “directe” d’Antoine.

Peu de temps après, Marianne m’a entraîné chez un médium. J’ai accepté d’y aller, par curiosité : peut-être cela me ferait-il du bien – j’allais tellement mal ! Mais j’étais très sceptique, pour ne pas dire critique. À tel point que je n’ai pas fait le rapprochement avec ce qui m’était arrivé quand, dès le début de la séance, le médium s’est penché en avant en disant qu’il venait de recevoir deux claques derrière la tête et qu’Antoine lui signifiait par là qu’il avait été tué sur le coup. Pour nous, ce fut d’abord un immense soulagement, car nous n’avions pas été autorisés à voir son corps et imaginions les pires scénarios. Ensuite, sans nous connaître, avec seulement la photo d’Antoine, le médium nous a dépeint sa personnalité, ses comportements, ses relations avec nous. “Talent de morphopsychologue ?” me suis-je demandé. Possible, mais comment expliquer qu’il décrive ensuite avec précision notre maison, ou l’absence de relation entre Antoine et ses grands-parents, ou encore un cadeau acheté pour sa petite amie qu’il nous enjoignait, selon le médium, de remettre à la jeune fille ?

J’étais à la fois impressionné, étonné, rassuré, soulagé. Consolé ? Non, on ne se remet jamais de la perte d’un enfant. Mais ma conception de la mort commençait à être sérieusement chamboulée, d’autant que les manifestations ont continué : bruits de pas, de portes qui claquent, objets qui disparaissent ou apparaissent, petits signes dont on peut toujours se dire qu’ils sont le fruit du hasard, mais qui finissaient par s’accumuler ! Cette “présence” me faisait du bien, mais cela n’empêchait pas les rechutes dans la souffrance, le retour des doutes, qui persisteront certainement toujours. J’ai alors essayé d’enquêter, de comprendre. Ces messages incompréhensibles sur mon téléphone portable, par exemple, pouvais-je en remonter la piste ? Peine perdue : selon mon fournisseur, ils n’avaient “aucune provenance”. Cette absence d’explication technique me donnait le droit d’adhérer à l’idée d’un clin d’oeil de mon fils, et cette idée me faisait plaisir, j’en étais parfaitement conscient.

Je regrette cependant que certains amis auxquels nous nous sommes alors confiés en soient restés à des remarques un peu condescendantes, du genre : “Si ça vous fait du bien, on est contents pour vous.” Refusant de considérer les possibilités que l’expérience ouvrait, ils ont d’abord tenté d’en réfuter la réalité. Puis, apprenant que nous allions voir des médiums et participions à des conférences, ils ont cherché à nous en dissuader, au nom du risque sectaire. Je sentais aussi que mon psychiatre ne souhaitait pas s’étendre sur ce terrain. Pourtant, et je le dois en grande partie aux personnes rencontrées à l’Inrees, même si je souffre, je sais que je ne suis pas fou. Je gère le quotidien aussi rationnellement qu’avant. Ma vie a changé, bien sûr : les petits soucis me paraissent aujourd’hui sans importance, et la réussite sociale sans intérêt. Je prêche pour davantage de tolérance, moins d’égoïsme et, sans pouvoir dire que je crois en un Dieu, je me suis ouvert à une spiritualité qui m’est propre. Je sais, pour l’avoir ressenti, que mon fils est “vivant”. Il m’arrive de penser que tous ces événements n’avaient pas d’autre but : me faire évoluer. »

Septembre 2009

Un manuel pour mieux comprendre

Association créée en 2007, l’Institut de recherche sur les expériences extraordinaires (Inrees) compte près de deux mille membres. Il a recueilli de nombreux témoignages et a reçu le soutien de thérapeutes d’avant-garde, tel Stanislav Grof, père de la psychologie transpersonnelle. Son ambition : créer un réseau de thérapeutes ouverts à ces sujets, voire organiser un cycle de formation. Il publie ce mois-ci un livre destiné aux thérapeutes comme à tous les curieux. Rassemblant les travaux de plusieurs spécialistes et passant en revue toutes les catégories de phénomènes, ce Manuel clinique des expériences extraordinaires (dirigé par Stéphane Allix et Paul Bernstein, Inrees-InterÉditions, à paraître le 21 octobre) présente les différentes interprétations possibles, les mécanismes psychologiques en jeu et leurs éventuels glissements pathologiques.
Renseignements : Inrees, 67, rue Saint-Jacques, 75005 Paris. http://www.inrees.com


La Mort

décembre 1, 2009

La mort est un sujet qui n’est pas facile à aborder car les esprits sont plutôt hermétiques à ce niveau là. La mort est le théâtre de la disparition d’un proche qui engendre une coupure brutale de sentiments submergés par ceux-ci et peu de personnes peuvent y être insensibles. Nous avons vu dans notre entourage des gens qui tournent le sujet en dérision, sûrement pour masquer une peur intérieure, mais comment peut-on ironiser sur un sujet aussi déliquescent ? Soit parce qu’on est un abruti de base sans retenue, soit parce qu’on n’y a jamais été confronté. La mort est un art de vivre pour certains et un commerce pour d’autres et au milieu, il y a des gens qui souffrent parce que des êtres chers ont disparu de leur quotidien. Certains vous diront qu’il faut rire de tout mais est ce qu’on peut rire d’un drame lorsqu’on est personnellement touché ? Je ne crois pas ! Après, il y a différentes manières de surmonter cette épreuve. La mort et la religion Il est difficile pour quelqu’un qui a voué sa vie à la religion de voir une autre réalité que celle du dogme, celle du défunt qui part au paradis ou en enfer. En effet, comment peut-on imaginer que nos proches sont partis voguer vers d’autres dimensions alors qu’on nous a prétendu le contraire jusqu’à maintenant ? Lire la suite »


Les messagers de l’âme

août 14, 2009

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Les médiums : communiquer avec les morts

mai 13, 2008

Emission « les tabous de la mort » sur France 2 diffusée le 28-11-2007 présentée par Madame Karine Le Marchand.
Passage intitulé « Au coeur du tabou »
Enquête journalistique sur les pratiques de ceux qui disent communiquer avec les morts.
Explications du phénomène avec un médium réputé : Mr Henry VIGNAUD.